Des rééditions de "classiques" des années 60 et 70, on en voit tous les jours. Mais celle-ci mérite qu'on s'y attarde, car elle est quasiment parfaite. Et même pour tout dire: « exemplaire ».
Bien évidemment, le prix est un peu élevé pour une ressortie remasterisée d'un album de 1969, mais quelques arguments sont à prendre en considération:
1) La pochette digipack en 5 volets est très joliment conçue et reproduit - en plus de la couverture (gravure sur bois) originale - le fameux "popup" qui faisait le charme de la première édition vinyle. A noter également un petit livret de 12 pages avec photos, détails des morceaux et texte de présentation de Ian Anderson.
2) Cette édition propose en fait trois disques:
a) L'album Stand Up remasterisé en 2010 au studio Abbey Road (comme les autres disques de ce package). Avec quelques suppléments plutôt intéressants: 2 versions de "Living in The Past" (dont la version mono du single de l'époque), Driving Song, Sweet Dream, 17 (en mono). Plus 5 morceaux live enregistré lors d'une Radio Session pour John Peel (en mono). Plus, enfin, deux spots de pub radio.
b) Le concert du Carnegie Hall de 1970. Enregistrement tullien légendaire s'il en est, que l'on retrouve ici en version quasi intégrale. Il n'avait été proposé jusqu'à présent que dans la boîte du 25ème anniversaire de Jethro Tull (épuisée depuis pas mal de temps). Et encore,il avait à l'époque été amputé de deux morceaux - "Dharma for One" et "By Kind Permission Of" - présents sur la compilation Living in The Past. Cette fois tous les morceaux sont bien là, et ont bénéficié pour l'occasion d'un remixage complet.
c) Un DVD avec l'INTEGRALE du même concert concert du Carnegie Hall en version audio haute qualité (2.0, Dolby et DTS) ! Soit plus d'une heure et 42 minutes de bonheur avec une qualité sonore remarquable pour l'époque. Si cette variante est nettement plus longue que celle du second CD, c'est parce qu'elle contient toutes les introductions, blagues et autres digressions prononcées sur scène par Ian Anderson ce fameux soir. Et le solo de batterie de Clive Bunker n'a pas été abrégé ce qui nous vaut un « Dhama for One » de presque 24 minutes. Pour certains cela fera sans doute un peu beaucoup, mais pour les vrais fans c'est une occasion unique d'entendre dans de très bonnes conditions ce que pouvait être réellement un concert du Tull à l'époque où le groupe accédait tout juste à la gloire.
Et sur le même DVD vous trouverez également une passionnante interview de 45 minutes d'Anderson, malheureusement non sous-titrée. Il reste que le gaillard pratique un anglais très académique, pas trop difficile à comprendre si vous n'êtes pas complètement novice dans la langue de Shakespeare et de Johnny Rotten. L'effort se justifie, parce qu' Anderson nous gratifie d'une superbe ration d'anecdotes portant sur des sujets aussi divers que l'étrange ressemblance entre « We Used to Know » et « Hotel California » des Eagles, ou les liens inattendus reliant le Tull à la scène grunge de Seattle.
Mais, en fin de compte, avait-on absolument besoin de cette nouvelle réédition de Stand Up ?
Assurément non. Cet album important de la fin des années 60 avait déjà été remasterisé très correctement et ne constitue que l'un des multiples chefs d'œuvre du flûtiste barbu (avec Aqualung, Thick as a Brick, Minstrel, Songs from the Woods et Heavy Horses' entre autres).
Pourtant, et c''est là tout le paradoxe de l''histoire, je suis très heureux de l'avoir racheté dans cette édition, car elle rend merveilleusement justice à une époque et à une conception de la musique qui appartient aujourd'hui à la grande histoire des arts populaires du XXème siècle.
Par ailleurs, j'ai eu le bonheur de voir Jethro Tull sur scène l'année dernière (enfin, Anderson, Martin Barre et quelques accompagnateurs compétents) et le répertoire actuel du groupe comporte toujours plusieurs morceaux de Stand Up : A New Day Yesterday, Bourrée et Nothing is Easy. C'est dire l'importance que revêt toujours cet album pour son créateur.
Mais, ce qui justifie tout pour moi, c'est qu'en écoutant la première fois ce triple CD/DVD très bien conçu, j'ai été parcouru par un frisson de délice en ayant, plusieurs fois, l'impression d'être littéralement transporté 40 années en arrière.
Le prix que j'ai payé pour un tel voyage dans le temps ne me semble finalement pas trop élevé.