Critique
Une fois n’est pas coutume, et convenons-en
in petto : nous adorons Madeleine Peyroux, positivement. La grâce absolue de la dame contraste plaisamment avec la vulgarité artistique ambiante, et ses cinq premiers albums en studio – en plus de quinze années, admirons au passage la pondération de l’artiste – ont délivré une magie telle qu’elle mérite amplement notre affection. En tous les cas en ce qui nous concerne.
Ce sixième opus, enregistré durant le dernier hiver new-yorkais, ne fera pas vaciller la flamme de la passion : produit par Craig Street qui, de Cassandra Wilson à Norah Jones, sait ce que faire chanter les jeunes femmes signifient, Standing on the Rooftop démontre à chaque mesure à quel point la chanteuse a choisi de s’éloigner d’un idiome lounge jazz dans lequel elle risquait à terme de se retrouver cloîtrée. Plus âpre et entrechoqué, l’album revendique une couleur naturelle, une orientation brinquebalante, qui en fait toute la saveur.
Bien que spécialiste des reprises bien tempérées, la Franco-Américaine décide en outre ici de porter essentiellement son dévolu sur un répertoire original et personnel, dont la très belle chanson-titre, à la dramatisation en pointillé, entre balbutiements des cordes, et perles distillées par les frémissements de la steel-guitar, et servie par l’ondoiement d’un chant qui s’approche au plus près du spectre déchiré de Billie Holiday.
« Things I’ve Seen Today », co-composé en compagnie du violoniste Jenny Scheinman, atteint en ce sens des sommets en matière d’inspiration crépusculaire et intimiste. Quelques rares exceptions à cette règle du répertoire personnel accréditent la thèse selon laquelle l’interprète n’a rien perdu de sa capacité à habiter les univers des autres. En ouverture de l’album, un « Martha My Dear » suspendu aux cordes d’un banjo est emprunté au répertoire des Beatles. Hit-single de l’album Nashville Skyline de Bob Dylan, c’est un méconnaissable « Threw It All Away » qui impose ici une très intense charge dramatique. Enfin, « Love in Vain », standard absolu du bluesman Robert Johnson, déjà visité par The Rolling Stones, se pare ici de claviers en soufflet de forge, et d’une mélodie libre comme le sont ses vers.
Madeleine Peyroux a de plus battu le rappel d’une aimable équipe de musiciens sensibles : Allen Toussaint, figure emblématique de la scène néo-orléanaise, a apporté son piano riche de soleil poussiéreux et de sensualité parfumée. C’est la chanteuse M’Shell Ndegeocello qui tient la basse, et l’aventureux guitariste Marc Ribot démontre une fois encore son extrême pondération dans le jeu de sa guitare, lorsqu’il a la fonction de tremplin d’un chant de confidence et de tendresse.
D’ores et déjà l’un des disques majeurs de l’année, Standing On The Rooftop positionne au sens littéral Madeleine Peyroux exactement là où il convient qu’elle se trouve : au sommet.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Sept ans après son album de la consécration, Careless Love, qui s'était écoulé à plus de deux millions d'albums dans le monde et deux ans après son dernier Bareless Bones, Madeleine Peyroux s'apprête à sortir son nouvel album "Standing on the Rooftop". Produit par Craig Street (Norah Jones, Cassandra Wilson.), ce cinquième album studio voit Madeleine Peyroux s'écarter un peu de ses habitudes. Avec des featurings de Marc Ribot (guitare), Me'Shell Ndegeocello (basse) ou d'Allen Toussaint (piano), autour d'habitués des studios comme le batteur Charley Drayton (Neil Young, Johnny Cash) ou le guitariste Chris Bruce (Seal, John Legend), ce nouvel opus s'avère en effet être plus roots qu'à l'accoutumée. L'essentiel du répertoire à été composé par Peyroux à l'exception de quelques reprises (Bob Dylan " Threw It All Away", Robert Johnson "Love in Vain", et The Beatles "Martha, My Dear").