Commentaires client les plus utiles
6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Les impasses du désir, 14 août 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stanley Kubrick Collection : Eyes Wide Shut (DVD)
William Harford, médecin, a une vie réussie et parfaite. Bien propre sur lui, il s'autorise de temps en temps un joint, histoire de s'encanailler sans danger. Tout s'écroule le jour où sa femme, pour se moquer de lui, lui raconte qu'elle aurait été prête il y a quelques mois de cela à le laisser tomber, lui et leur enfant, pour coucher avec un parfait inconnu croisé dans un hôtel.
Troublé, hanté par des images de sa femme couchant avec un autre, il entame un périple au coeur de la nuit pour aller, un peu au hasard, au devant de ses désirs.
"Le dernier Kubrick est manqué" disait-on dans la presse, et autour de moi on n'avait été déçus, on s'attendait "à mieux".
C'est donc sans grand entrain que j'ai regardé Eyes Wide Shut une première fois alors qu'il passait à la télévision, et j'ai été fasciné de bout en bout par ce voyage au bout du désir, cette fluidité hypnotisante des mouvements de caméra kubrickiens, cette facilité à saisir, avec un dépouillement total, les ressorts du comportement humain.
À la manière de 2001, Eyes Wide Shut ne répond pas aux questions qu'il pose, Kubrick sait que l'intérêt de ce film réside en partie sur le mystère, sur des personnages étrangers à eux-mêmes, mûs par des ressorts qu'ils peinent à comprendre. Comme une femme a plus d'attrait habillée que nue, Eyes Wide Shut n'est composé que de demie-révélations toujours un peu frustrantes, agaçantes, allumeuses en sorte.
(Ce qui suit révèle des passages du film)
Le sommet est atteint durant la scène du manoir. Par un heureux (?) hasard, William se retrouve dans un manoir où est organisée une gigantesque partie fine. Les hommes sont en costume noir, masqués comme à Venise, les femmes, toutes grandes et superbes, ne portent qu'un masque. La cérémonie dans la grande salle, aux accents sectaires et à la musique inquiétante, est envoûtante et pleine de mystères codifiés. Puis William est emmené par une gazelle dans les couloirs où des couples forniquent dans toutes les positions. Sans jamais tombé dans le voyeurisme, ni même l'érotisme, Kubrick filme cette scène comme une sorte de rêve éveillé et angoissant jusqu'au moment où William est démasqué.
C'est alors que le danger apparaît dans la vie du respectable médecin.
(Fin des révélations)
Kubrick, comme pour 2001, termine son film en nous laissant sur nos interrogations, car il sait qu'au bout du désir, il y a la déception.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Merci M.Kubrick!, 3 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stanley Kubrick Collection : Eyes Wide Shut (DVD)
Encore un film qui laisse le spectateur sur sa (fin) faim, du Kubrick tout craché. Ce n'est pas un film testamentaire même si beaucoup de scènes nous rappellent ses chefs d'oeuvre.
J'ai vu, revu et encore revu "Eyes Wide Shut" et je pense que Kubrick, cette fois-ci, s'est penché sur les valeurs du "couple" avec comme toile de fond "la société de consommation": la monotonie, les gestes stéréotypés, le conditionnement, l'égoïsme, le superficiel.
Kubrick a peut-être voulu redonner tout son sens à un thème qui le touche profondément: LA FAMILLE.
Dans le film c'est Nicole Kidman qui mène la barque, tout est pensé, inventé par elle, pour récupérer son mari, pour le REMARIER.
Elle joue une femme qui vit aisément, dans le luxe et l'oisiveté. Malgré leur fille, elle a une vie sans teinte, sans but et sans intérêt. Son mari, Tom Cruise, ne l'admire même plus, ne la regarde même plus, ne la voit même plus. On s'en rend compte au début du film lorsqu'ils se préparent pour leur soirée. Le seul moyen pour elle d'attirer son attention c'est de le choquer et de le rendre jaloux en racontant des pseudos fantasmes. Fantasmes dans lesquels elle est mise en valeur, où elle est désirée, où elle peut s'exprimer.
Elle l'attire dans son labyrinthe alambiqué, monté de toute pièce, aidée grâce à l'emprise de certaines substances.
Elle le fait partir, seul, dans la nuit noire, vers l'inconnu et le mystérieux, et le fait revenir auprès d'elle. (au moment où il est à la recherche du masque). Masque qu'elle déposera à la place qu'il occupe dans le lit conjugal). Il comprend, se met à pleurer et elle le prend dans ses bras. Retour au bercail, avec une énorme prise de conscience:" Elle".
La boucle est bouclée.
Voilà, c'est ce que m'a inspiré ce film, purement subjectif.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
4.0 étoiles sur 5
Fuck à Eros, 10 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stanley Kubrick Collection : Eyes Wide Shut (DVD)
A priori, rien ne me poussait à regarder ce film de Kubrick, cinéaste très adulé ou détesté, et dont les œuvres sont autant rares que marquantes. A chacune d'elle, le cinéaste tente d'avoir un avis définitif sur une question : violence, armée, science-fiction, tout y passe avec un talent certain. dans ce film, dernier opus, le cinéaste entre dans le domaine moins spectaculaire mais tout autant intéressant des rapports humains vus sous l'angle de la confiance. Confiance et défiance, car c'est sans doute l'histoire d'une faille insinueuse au sein du couple que Kubrick nous conte. A travers ses deux protagonistes principaux (impeccables Nicole Kidmann et Tom Cruise), le cinéaste nous emmène dans un monde visuel de doute, d'artefacts, de mensonges qui semble les miner de l'intérieur. Que ce soit par les fantasmes de cette femme, par la réponse désordonnée de cet homme, Stanley Kubrick nous signifie que la véracité des sentiments a du mal à résister à la pression constante du monde, à son cortège d'immondices qui salissent moins le corps que les âmes (quoique !).
Kubrick nous le rend par des séquences visuelles impressionnantes (le manoir), presque irréalistes dans le soin apporté aux éclairages, aux cadrages, à ce défilé incessant et obsessionnel de corridors et de portes (labyrinthe humain), à cette musique si prenante, musique pour laquelle on sait le réalisateur si attentif. Au-delà des apparences simplistes et de la crudité des images de sexe (il y a eu pire ailleurs), ce film porte la marque de la reconquête de soi, de la reconquête d'un amour fêlé, une main tendue au-delà des images mentales et des obsessions. C'est un hymne à la purification du désir pour aller vers le sentiment, de l'éros vers l'agâpé. En un mot : Fuck à Eros !
Un très bon film mettant un point final à une carrière cinématographique impressionnante.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
|