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Souvenirs sous forme de poussière d'étoile, 13 octobre 2010
En 1980, cela faisait déjà plusieurs années que Woody Allen avait un public qui attendait quelque chose d'assez précis de lui: tout d'abord de continuer à faire étalage de ses talents d'auteur comique capable de balancer des "one-liners", répliques bien senties, aphorismes sur la vie, blagues juives, etc. Puis le public accepta qu'il fonde cette matière dans des intrigues sentimentales, dans les deux films avec lesquels il accéda à un succès international,
Annie Hall (1977) et
Manhattan (1979). En revanche, son film "bergmanien",
Intérieurs (1978), lui fut reproché: plutôt que d'imiter un cinéma européen élitiste, ne pouvait-il cultiver ses forces et continuer à donner des comédies sophistiquées à un public qui en était friand?
Stardust Memories (1980) est une réponse à cela, et le premier vrai contrepied d'Allen - il y en aura d'autres, car s'il a retravaillé des thèmes et motifs pendant toute sa carrière, il n'en a pas moins souvent pris son public à revers en lui proposant des modalités bien différentes. Après le film "bergmanien", Stardust Memories serait son film "fellinien", un film sur le cinéma et sur lui-même comme cinéaste, sur le modèle plus qu'avoué de
Huit et demi. Allen emprunte beaucoup, rend hommage, transpose. Il se paye le luxe de reprendre des éléments directement des films du maître (du son du vent si caractéristique au défilé de nonnes qui se prépare dans le fond d'un plan). Mais dès la première séquence, si l'on voit bien ce qui vient de Fellini, on constate que l'on se retrouve dans une parabole propre à Allen - lui dans un train où tout le monde pleure ou fait la tronche; sur une voie parallèle, un train rempli de fêtards, avec une starlette au centre de toutes les attentions. Les trains suivent leur course, et même s'il essaie désespérément de sortir du train en marche pour les rejoindre, le personnage joué par Allen ne le pourra pas. Finalement, les deux groupes, une fois sortis de leur train, arrivent un peu perdus au même endroit ...à la décharge!
Evidemment, une des grandes différences est que contrairement à Fellini, il ne fait pas jouer ce qui est plus ou moins lui-même par son double de cinéma fantasmé. Allen joue le cinéaste Sandy Bates, qui est en partie lui-même sans doute, mais dont il ne fait pas mystère qu'il est une considérable exagération de lui-même: "Ce film n'est pas le moins du monde autobiographique. Je montre un cinéaste qui en est arrivé au point de l'existence où la vie ne l'amuse plus, où il ne veut plus faire de comédies. Je n'en suis pas là, et je continue à trouver que le monde est d'essence comique. Mes producteurs ne me persécutent pas. Ils m'ont encouragé à faire Intérieurs. Je n'ai pas à me plaindre de l'industrie cinématographique et des fan-clubs, je ne crache pas dans la soupe. Tout ici procède d'une énorme exagération. Il s'agit d'un personnage qui, parvenu à mi-chemin de son existence, est riche et célèbre sans que cela lui profite le moins du monde. Je rassure tout le monde en affirmant que je continuerai à faire des comédies, et je trouve en fait que ce film-ci contient des choses extrêmement drôles. J'espère que je ne suis pas le seul!" (entretien avec Robert Benayoun dans
Woody Allen).
La dénégation est trop vive pour que l'on puisse tout prendre pour argent comptant. Ce qui est certain, c'est que toutes les humeurs et les doutes qui ont assailli Allen sur ce qu'il faisait se retrouvent naturellement dans ce film auto-réflexif, pour les considérer sérieusement mais aussi les mettre à distance et s'en moquer. Je vous laisse découvrir qui, par exemple, finit par dire à Sandy Bates: "Tu veux sauver l'humanité? Trouve des gags plus drôles!".
Quoi qu'il en dise, et même s'il "ne crache pas dans la soupe", le film est très satirique, tout le monde en prenant pour son grade, ceux qui font le cinéma comme ceux qui le regardent. Allen se paie les ridicules des uns et des autres, la sotte adoration et l'agressivité, les demandes surprenantes et les exigences. C'est plus tard, dans
Celebrity, qu'il ira plus loin dans la noirceur et la description des vanités humaines liées au cinéma.
Ce sont comme souvent les relations avec les femmes qui rendent le film moins sarcastique. Car "Stardust Memories", ce sont les souvenirs des séjours (présentés non chronologiquement) à l'hôtel Stardust, mais aussi ce qui reste des souvenirs d'enfance et des amours passées. Le film déverse ainsi, peu à peu, de la poussière d'étoile sous formes de souvenirs qui viennent réchauffer tout ce qui dans le film tient de la réflexion, de la caricature, du sarcasme ou de l'ironie. Là aussi se trouve la parenté avec Fellini. C'est ainsi la présence de Charlotte Rampling qui illumine le film, culminant avec cette scène où Bates la regarde longuement en écoutant
"Stardust" par Louis Armstrong. Moment de bonheur, poussière d'étoile, dont on ne peut s'empêcher de penser qu'il aurait pu être ajouté à la liste dressée par Isaac Davis sur son canapé à la fin de Manhattan. Mentionnons également l'importance des visions d'enfance, liées à la magie, le cinéma n'en étant qu'un avatar.
Ce film tout pétri d'influences (Fellini, mais aussi
Bergman, Godard, etc.) n'est donc pas qu'un film sur le cinéma, et propose une réflexion qui s'accompagne d'humour autant que d'ironie et d'auto-dérision. Cette oeuvre, filmée dans un très beau N&B dû au chef opérateur Gordon Willis - celui de Manhattan - prouvait, s'il en était besoin, qu'Allen était déjà un cinéaste à part entière, qui avait digéré toutes ses références pour les intégrer à son propre univers, encore en définition et pourtant déjà bien élaboré.
Notons que si l'on peut s'amuser à chercher Sharon Stone dans ce film, on peut aussi se demander qui sont les musiciens, par exemple le pianiste, dans la séquence du "jazz heaven".
Ce film est le seul des films MGM à ne pas se trouver dans les coffrets. Pas de suppléments, comme d'habitude.
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magique, 22 avril 2010
Magnifique film de Woody : une réflexion sur le/son cinéma et son image publique...
Charlotte Rampling y est magnifique ; et le petit jeu du cinéphile ici est "vais-je repérer et reconnaître Sharon Stone dont c'est la première apparition? "
Ce film peut, à première vue, paraitre comme "arty" ou prétentieux mais en fait il est, plus que Manhattan, l'amalgame du
Woody qui sait faire rire, de celui qui sait faire réfléchir et émouvoir et qui nous montre combien il a pu admirer Bergman : ce n'est pas sec comme Interiors ou Another Woman, ce n'est pas délirant comme Zelig ou Bananas ... mais c'est un peu de cela et plus encore - c'est doux-amer, fin, émouvant et drôle.
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