J'aime beaucoup les disques de Tony Banks, dans lesquels s'exprime son côté le plus pop, rythmique, mélodique, même si tout d'un coup, au détour d'un refrain ou d'une chanson surgit un de ces passages au piano intimiste et merveilleux dont il a le secret.
"Still" est paraît-il son meilleur album (en tout cas celui que ses fans préfèrent) et c'est une opinion que je partage de plus en plus... On ne s'ennuie pas une seconde à son écoute, rendue encore plus dynamique par le fait que l'on change de chanteur à chaque morceau ou presque : cinq au total, dont Tony Banks lui-même sur "Hero For An Hour"; Andy Taylor intervient sur deux titres dont le single à l'origine du titre de l'album, "Still It takes Me By Surprise", doté d'un de ces breaks au piano classique en son milieu que j'évoquais plus haut, tandis que Jayney Klimek illumine de sa très belle voix (féminine) deux chansons parmi les plus belles de l'album (et de climat opposé), la douce "Water Out Of Wine" et l'énergique "Back To Back".
Et puis il y a Fish, légendaire premier chanteur de Marillion, pour deux des meilleurs chansons du disque, "Angel Face", mélancolique et entêtante, et "Another Murder of a Day", la plus longue et la plus "genesienne" de l'album (co-signée Fish/T. Banks), et enfin Nik Kershaw (qui avait connu son heure de gloire dans les années 80 avec quelques tubes dont "The Riddle" en 1984), lead vocal sur trois morceaux, dont le premier, "Red Day On Blue Street" (dans le style de "Invisible Touch") et surtout le dernier "The Final Curtain", absolument magnifique, plutôt lent mais avec une accélération centrale ponctuée de cuivres du plus bel effet.
On peut regretter le choix de Tony Banks (musicien virtuose de formation classique et chose moins connue - ou moins évidente -, ciseleur de sons et innovateur de talent sur ses multiples claviers et synthés avec Genesis) de faire essentiellement des disques de "chansons" plutôt que l'inverse (en-dehors de ses deux ou trois musiques de film et de son disque classique paru chez Naxos en 2004, peu convaincant à mon goût d'ailleurs), mais il faut croire que c'est ce qu'il préfère faire en solo et ça lui réussit plutôt (très) bien : des albums comme ce "Still" mais aussi "Bankstatement" (sorti en 1989), "The Fugitive" (1983) ou "Strictly Inc." (1995), et même "A Curious Feeling" sous ses habits très romantiques, sont gorgés de chansons extrêmement plaisantes, addictives, solidement charpentées et arrangées, non dénués de beaux passages instrumentaux indissociables de la personnalité de son auteur, et comptant quelques pointures en guest tels les batteurs Steve Gadd sur "The Fugitive" ou Vinnie Colaiuta (surtout connu comme musicien de F. Zappa de 1979 à 1991, mais qui a aussi joué avec Joni Mitchell, Sting, G. Vanelli, Jeff Beck, Barbra Streisand, Leonard Cohen...) sur celui-là, auxquels il faut ajouter le fidèle Daryl Stuermer aux guitares.
Tony Banks, fantastique avec Genesis, à la discographie solo beaucoup plus discrète mais de qualité et intéressante par sa différence, et dont personnellement je ne peux me passer.