Hirokazu Kore-Eda est un cinéaste relativement peu connu en France, ses premiers films ayant été distribués dans un tout petit circuit de salles. Ils montraient pourtant une sensibilité et une maturité déjà bien assises. C'est Nobody Knows, son sujet fort (des enfants livrés à eux-mêmes après le départ de leur mère) et son prix d'interprétation à Cannes pour l'adolescent ayant le rôle principal, qui ont fait mieux connaître ce cinéaste. Nobody Knows montrait à quel point Kore-Eda sait capter les moments de vie, la lumière des êtres et des choses. Non exempt de longueurs et de petites afféteries (sans conséquence), ce cinéma est néanmoins particulièrement beau et enrichissant.
Still Walking, sur un sujet moins fort et sur le mode de la chronique de la vie d'une famille, n'est pas loin de rééditer la réussite de Nobody Knows. Une réunion de famille est comme souvent prétexte à camper des personnages qui se cachent à eux-mêmes ou aux autres, ou qui calculent ce qu'ils révèlent afin d'apparaître meilleurs qu'ils ne le sont. Kore-Eda choisit la demi-teinte et procède par touches successives, et il n'y a que peu d'affrontements, en tout cas du genre qu'on peut attendre dans un film relatant une réunion de famille de ce type, avec règlements de compte sanglants à la clé. Il faut dire que la famille se réunit ici pour célébrer un enfant mort, et ce sont donc des non-dits et des vérités qui arrangent qui sont peu à peu mises au jour et battues en brèche par tel ou tel personnage, dans telle ou telle situation. S'il y a bien quelques petites lourdeurs dans la caractérisation des personnages ou quelques dialogues redondants, le scénario s'illustre le plus souvent par sa délicatesse, délicatesse que l'on retrouve dans la façon de filmer de Kore-Eda, généralement simple et élégante. Les personnages sont tous bien servis par des interprètes idéaux et bien dirigés - il apparaît par exemple évident que Kore-Eda sait diriger les enfants tout en les laissant improviser (ou "être", si l'on préfère, devant la caméra), ce qui était flagrant dans Nobody Knows.
Au total, un beau film de famille délicat, qui n'oublie pas d'épingler les médiocrités des êtres humains que nous sommes (sans pour autant se complaire dans leur peinture). Le film de Kyoshi Kurosawa, Tokyo Sonata, à mon avis un peu surestimé par la critique, a en partie éclipsé ce film sorti dans la foulée. C'est dommage, car Kore-Eda me semble être un cinéaste plus intéressant, auteur de films plus ressentis et pleins que ceux du (trop) prolifique Kurosawa.