Comme Hou Hsiao Hsien, Abbas Kiarostami ou Nuri Bilge Ceylan, dont son travail se rapproche et porte les marques de leur influence, Jia Zhang-Ke est adepte d'un cinéma à la fois hyper-naturaliste dans son propos et contemplatif dans sa forme. Personnages peu fouillés, dialogues inexistants ou laborieux, mise à distance du scénario, jeu minimaliste des acteurs : ce cinéma se pose en réaction à l'artifice du cinéma de masse. Dans le meilleur des cas, ce cinéma sait restituer les odeurs, les couleurs, les sons de la vie ordinaire et c'est merveille que de découvrir des sensations à la fois familières et totalement neuves ; dans d'autres cas, l'ennui guette le spectateur, faute d'attachement à des "personnages" qui ne sont que des silhouettes, faute d'entrer dans la représentation que se fait le réalisateur du monde. Les précédents Jia Zhang-Ke m'avaient profondément ennuyé. Ici, il signe sans conteste un grand film. Dès l'admirable premier plan séquence sur le bateau, on est pris et l'intérêt ne faiblit jamais. Jia a su donner un cadre fort à son film, celui du barrage des trois gorges et des villages qu'il a condamnés, ainsi qu'un enjeu : la recherche de l'épouse perdue. Audace inouïe, le film est même parsemé de traits d'humour (l'émule de Chow Yun Fat)! Il est surtout d'une beauté admirable, une beauté qui n'est pas ici recherchée pour elle-même mais qui sert et conforte son propos.