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5.0 étoiles sur 5
A DECOUVRIR AU PLUS VITE !, 2 juillet 2008
Encore un petit bijou que nous offre l'indispensable collection « CRITERION ».
L'intérêt de ce film est tel qu'il mérite d'être écouté en japonais avec un sous-titrage en anglais, cette merveilleuse collection purement anglo-saxonne n'offrant jamais de sous-titrage en français...
SUZUKI appartient à cette sorte de metteurs en scène qui ont travaillé dans l'ombre des plus grands. Et pourtant, de quel talent sait-il faire preuve ! Ce film atteste de toute sa virtuosité.
A partir d'un scénario imposé par la production, il raconte une histoire typiquement « japonaise » où les critères esthétiques et culturels nippons de l'époque prédominent. Le spectateur japonais d'alors aimait les histoires d'amour impossibles et absolues, avec suicide à la clé, la qualité du film étant directement proportionnelle au nombre de suicidés.
Le cadre de l'histoire se situe en Mandchourie, durant la guerre sino-japonaise. Une fille travaillant dans un bordel de campagne, s'éprend d'un petit soldat, brimé et humilié par un chef autoritaire.
Si la trame narrative est conventionnelle, la façon dont SUZUKI nous la présente devient passionnante.
Sa photographie, tournée dans un noir et blanc maîtrisé, est limpide, souvent déroutante. Son langage est poétique avec une grande force symbolique. Il use de métaphores toutes simples, originales et inédites. A un instant de rupture entre deux personnages, l'image se fige et se déchire comme un petit papier. Le procédé surprend et émerveille.
L'idéologie du film est profondément anti-militariste. La censure américaine veillait encore et les propos exaltant le militarisme impérial et le bushido devaient être proscrits.
Malgré des contraintes de toutes sortes, SUZUKI parvient à se dégager de ce carcan et réalise une oeuvre originale, mettant en valeur des sentiments universels : actes d'amour, lutte contre l'oppression, absurdité de la guerre.
De par sa force et les idées qu'il véhicule, il rejoint l'ouvrage de Milestone « A l'ouest, rien de nouveau ».
La restauration irréprochable de l'image et du son, donne au spectateur l'impression d'assister à une projection en avant-première.
Voici un film méconnu qui mérite une diffusion élargie auprès des cinéphiles.
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