Critique
Dans la famille Vaughan, l’ainé Jimmie se distingue par un blues plus classique, et « à priori » modeste, cette première impression étant généralement balayée à l’écoute de sa discographie bien fournie.
Celui qui fut le guitariste des Fabulous Thunderbirds est avant tout un érudit. Il avoue que lui et son frère Stevie Ray Vaughan ont passé leur enfance à jouer, apprendre et reproduire les techniques de leur maîtres. Et force est de constater, que Jimmie en a retiré une grande technique et une propreté d’exécution que lui envient ses pairs et ses propre idoles. Buddy Guy en tête s’exprimant ainsi : « [Jimmie]’s unbeatable when it comes to the blues. He just plays it like it’s supposed to be played. – Jimmie est un joueur de blues imbattable: il le joue exactement comme il doit être joué » (Site officiel de J. Vaughan).
Strange Pleasure est le premier album solo de Jimmie Vaughan, produit par Nile Rodgers et publié en 1994, soit quatre années après la mort de Stevie Ray. Car Jimmie a autant joui que pâtit du talent de son frère, au destin tragique et fulgurant : leur carrière brillantes se sont construites en parallèle, sans animosité et ils ont eu le temps de réaliser un album en commun Family Style, paru en 1990, qui remporta un Grammy Award.
Strange Pleasure contient d’ailleurs le titre
« Six Strings Down » une chanson hommage à ce frère mort trop tôt. Surtout Vaughan s’y révèle enfin comme auteur-compositeur- interprète de talent.
Sa voix n’en fera jamais une légende, mais ses influences multiples sont ici célébrées avec fougue. Le blues-rock en ouverture dans
«Both-Papa-Both». Le blues noir originel avec cette ambiance « pionnier », très influencée par le gospel (
« Love The World », « Everybody’s Got Sweet Soul Vibe »). Et enfin le jazz-blues de la Nouvelle Orléans dans
« Titl-a-wirl ». C’est ce qui s’appelle une émancipation réussie.
Anne Yven - Copyright 2013 Music Story