EMI a enregistré les Quatre derniers lieder de Strauss chantés par Elisabeth Schwarzkopf à deux reprises. La deuxième version (1965), où elle est accompagnée par le Radio-Symphonie-Orchester Berlin dirigé par George Szell, a éclipsé la première en notoriété, sans doute en grande partie parce qu'elle est en stéréo. Les deux sont disponibles en CD, dans des couplages idéalement cohérents : la deuxième avec les cinq lieder orchestraux qui les complétaient originellement et encore sept autres (1968), toujours avec Szell mais le London Symphony Orchestra. Le CD qui nous occupe offre la scène finale de Capriccio, dirigée par Ackermann, comme les lieder, et des extraits d'Arabella dirigés par Matacic. Que choisir ? Et faut-il même choisir ? En 1965, l'interprétation est par force celle d'une Liedersängerin, lavée de toute trace d'opéra, car la voix n'est plus d'opéra : moins omnipotente, moins claire, moins froide aussi. L'expression est élégiaque au possible et l'orchestre, contre toute attente car notoirement maigre et incolore, dirigé par un chef notoirement indifférent à la magie des timbres, n'est qu'une moiteur de soir d'été. La première version n'a rien à voir, hormis la technique vocale d'une cantatrice qui fréquente alors Donna elvira et Eva Pogner. L'interprétation est conquérante, énergique, lancée avec hardiesse dans les phrases straussiennes qu'elle déroule comme des guirlandes. Le Philharmonia, à cette époque exacte l'un des tout meilleurs orchestres au monde, est un orchestre de chambre constitué de solistes très individualisés, mais porté aux dimensions d'une immense machine post-wagnérienne : la définition même de l'orchestre tardif de Strauss, au moins dans ces lieder. Ackermann le dirige exactement comme Schwarzkopf chante, avec la même absolue confiance en sa virtuosité. La scène finale de Capriccio est le complément idéal aux lieder, avec lesquels elle partage le statut de testament de Strauss, et dont Schwarzkopf est l'interprète idéale. Même si Arabella est antérieur, son caractère mélodique regarde déjà vers le dernier Strauss. Dans ce rôle précis, on pourra légitimement préférer Lisa Della Casa, personnalité autrement attachante que la Schwarzkopf, mais de là à faire la fine bouche sur celle-ci, il y a plus qu'un pas. Les deux CD sont finalement si différents qu'il est impossible de choisir entre les deux, d'autant qu'ils n'ont guère qu'une vingtaine de minutes en commun.