L'affiche a tout pour séduire. La diva fait régulièrement la une de la presse et le chef marque la vie musicale parisienne du moment. Mais cela ne vous met pas à l'abris d'un raté ... la preuve ! Le CD débute par le premier des Quatre derniers lieder, pris à un tempo serein et truffé d'effets ponctuels, qui sont autant d'intentions du chef, mais totalement absents de la partition. Cela se gâte à partir du second Lied, où l'objectif du chef se révèle au grand jour : alanguissements affectés à chaque bout de phrase, détentes et suspensions systématiques, du chichi pour faire chic... On se rend compte tout d'un coup pourquoi les séides de Richard Strauss (Karl Boehm, Clemens Krauss...) dirigeaient sa musique avec élan et allure. La version de Boehm avec Della Casa est l'une des plus rapides, peut-être trop... mais mille fois préférable à cet embourbement. Comment accepter que presque chaque lied finisse plus lentement qu'à son commencement ? Les autres lieder subissent le même sort, avec une exception pour Wiegenlied et Waldseligkeit, étonnamment au bon tempo. Fleming aurait-elle eu enfin son mot à dire ? Car si elle donne manifestement les signes d'un consentement à cette optique du chef, elle ne peut cacher les aspects plus controversés de sa magnifique voix : minauderies trop abondantes (mais que faire quand il faut chaque fois attendre que le chef se décide à passer à la mesure suivante ?), une relative usure du timbre, malmené par une prosodie trop lente et des phrases devenues si longues, qu'il faut d'abord penser à la gestion de son souffle... et achevons le tour de notre agacement avec des effets de diction allemande qui font de "Blumen" quelque chose comme "beu-leu-umen"
La suite du Rosenkavalier, reconnue par Strauss mais non de sa plume (les extraits s'enchaînent avec une absolue maladresse, la suite de Dorati ou la suite de valses n°2, là, réellement arrangée par Strauss, sont préférables...), est fort honorable. On retrouve les affectations dans les passages de la remise de la rose et le trio final. Mais les scènes d'Ochs manquent d'humour et d'autres chefs (Kleiber..) ont osé rendre le caractère orgasmique de l'ouverture...