Ce blu-ray est un événement majeur. Je me focaliserai sur le Sacre du Printemps, oeuvre fondamentale de la musique moderne, proposé ici sous la direction de Valery Gergiev accompagné des ballets Mariinsky qui reconstituent la chorégraphie d'origine de Nijinsky ; le tout a été capturé en HD somptueuse, parfaitement restituée grâce au format blu-ray.
Voici le Sacre le plus sublime qu'il m'ait été donné de vivre. Je dis bien vivre, tant ce blu-ray m'a transporté, davantage même que des concerts ou des ballets vus en live. Préparez-vous à vivre cette oeuvre comme jamais auparavant, même si vous l'avez vue déjà vue au concert (ou entendue en partie dans un certain film d'animation...).
En ce qui me concerne, ce fut un choc ! Je n'en croyais pas mes yeux, qui sont restés embués tout du long et parfois complètement mouillés... de joie ! D'ordinaire peu réceptif à l'art de la danse, j'ai vécu l'ensemble du ballet scotché sur mon siège, incapable de bouger.
Oui, c'est à ce point ! La qualité de l'image, la variété des angles de prise de vue, la fluidité du montage créent une expérience unique. Tantôt la caméra surplombe le scène, dévoilant la géométrie de la chorégraphie, tantôt elle caresse les danseurs, zoome sur l'élue (sublime Alexandra Iosifidi), avec toujours le bon angle, le bon plan, soulignant toutes les beautés de la chorégraphie. Je préfère en général les spectacles vivants plutôt qu'enregistrés, mais ce blu-ray pourrait me faire changer d'avis, tant l'expérience de l'oeuvre est intime, immersive, enthousiasmante !
On dit aujourd'hui que c'est le ballet de Nijinsky, bien plus que la musique de Stravinsky qui firent scandale, lors de la création de l'oeuvre, au théâtre des Champs-Élysées à Paris, le 29 mai 1913. Sur le blu-ray, on peut voir le ballet qui précéda le sacre du Printemps, L'oiseau de feu, dont l'immense succès fit la réputation du jeune Stravinsky. On mesure aussi le gouffre stylistique franchi durant les quelques années qui séparent les deux créations.
La chorégraphie du Sacre renverse tous les codes du ballet traditionnel. Cela ressemble... à des danses tribales... savantes, très contemporaines... avec des postures anguleuses, des sauts les pieds bien à plat sur le sol, des cassures et des ruptures... Il y a un esprit sauvage et enfantin, quelque chose de « premier », de très pur qui donne une impression de spontanéité, exempte de contorsion ou de difficulté. La danse sacrale qui clôt le ballet est sauvage, intense, et d'une parfaite élégance, malgré la brutalité du propos.
La mise en scène reprend les costumes d'origine, colorés et variés, rappelant les arts premiers d'Amérique du nord... Rien à voir avec l'ascétisme des approches contemporaines à la Béjart ou Pina Bausch.
Dans cette version, chorégraphie et musique sont à l'unisson : élaborées et pourtant évidentes. Elles parlent directement à l'âme et aux sens. Je n'ai que peu évoqué la qualité musicale de cette version, qui pourtant mérite tous les éloges. Gergiev est à son affaire, c'est une partition qu'il connaît bien, et dont il a gravé dernièrement une version de référence. Il me semble encore plus incisif ici, donnant à la musique toute la sauvagerie et la précision rythmique nécessaires ; sans doute est-ce aussi est-ce la magie d'une prise de son de très grande qualité, restituée en DTS HD.
Bref, nous avons ici une version stupéfiante du Sacre, sur laquelle les connaisseurs se sont déjà précipités, et que je recommande sans hésiter à tous ceux qui veulent découvrir cette oeuvre majeure dans des conditions de rêve. En plus, il y l'oiseau de feu et des bonus, aussi.
INDISPENSABLE !