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À la fin des Happy Mondays, Suede émergea comme une sorte de Smiths du Sud qui se retrouverait à l'époque de Ziggy Stardust de David Bowie. Leurs chansons sont des dégradés de rêveries tristes, dans des tons empruntés directement à David Bowie. Le chanteur Brett Anderson a exhumé la voix la plus Anthony Newley de Bowie, alors que le guitariste utilise allégrement la recette de Johnny Marr pour jouer la guitare lead et rythmique simultanément, soulignant les paroles langoureuses de Brett Anderson. "The Drowners" est un classique du glam rock, et "Metal Mickey" a tout des grands succès de T. Rex.
--Barney Hoskyns
Critique
Si, à ses débuts, Suede fut fréquemment comparé aux Smiths, pour des questions d'attitude autant que de musique, ce parallèle prend tout son sens dès lors que l'on évoque les premiers albums respectifs des deux groupes.
Comme
The Smiths,
Suede tente de transposer sur format long la puissance et la fougue d'implacables premiers singles... et échoue dans cette entreprise. Dans les deux cas, les causes de l'échec sont les mêmes : une incapacité à penser en termes d'"album (quelques morceaux effectivement grandioses ne font pas un grand disque), et surtout un producteur à la main lourde (John Porter pour les Smiths, Ed Buller ici), qui empâte les chansons au lieu d'en souligner l'urgence. Avec le recul, un point fondamental distingue pourtant les deux groupes : leur potentiel respectif. En effet, s'il était difficile d'imaginer, en 1984, que les Smiths enregistreraient deux ans plus tard un chef d'oeuvre tel que
The Queen Is Dead, Suede semble au contraire avoir clairement défini, dès son premier album, son périmètre d'action : tubes énormes d'un côté (
«The Drowners»,
«Animal Nitrate»...), longues suites épiques de l'autre
(«Breakdown» ou le sublime
«Pantomime Horse», qui annoncent déjà les sombres ambitions de
Dog Man Star).
Bien entendu, le groupe fera mieux par la suite (
Coming Up), mais ce disque, plus que tout autre,
parvient à saisir la quintessence de Suede. C'est là le paradoxe de cet album : bien qu'imparfait et bancal, tout y est dit.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story