C’est un beau roman, une belle histoire, d’une fille, et puis deux garçons, séparés par la Manche et des études d’anglais. L’une chante, et les autres pas, et le trio se rode auprès de quelques grands anciens, se fait adouber par Benjamin Biolay, puis enregistre un premier album homonyme sur l’évier de la cuisine. Les années passent, pas la passion d’orfèvres modestes pour les refrains ciselés, et les chansons expressionnistes mais sensibles, et Paris réunit ceux qui s’aiment.
Survient
Sugar Sugar, et, brusquement, Diving With Andy ne joue plus dans la même division : Juliette Paquereau l’Angevine s’est appropriée ces mots où glisser sa voix (qui rappelle celle de Suzanne Vega, comme cela, c’est dit), Rémy Galichet et Julien Perraudeau, affrontant crânement tous les pupitres, se sont attachés à ciseler pour cette dernière un écrin sophistiqué et précis comme un mécanisme d’horloge, et cet album (qui n’est pas que de la sucrerie) est une petite merveille. Et, avouons-le, une surprise, et une découverte, pour nous autres distraits. Bien que le disque offre une assez passable tentative de réhabilitation de The Carpenters, il ne se résume toutefois pas à quelques refrains enlevés et mièvres.
Commençons par la fin :
« Farewell », qui clôt les sessions, s’ourle des mêmes cordes qui séduisirent Lennon et McCartney.
« Merry Dance », et sa guitare tous sourires dehors, convoque le souvenir d’Astrud Gilberto, et de ses soieries brésiliennes, alors que
« You Don’t Have to Cry » rappelle à quel point nous manque Sandie Shaw. Le piano intrigant et les cuivres perplexes de
« Kate Weal, Johnny Call & Mr Rose » peuvent figurer au générique d’un film de la Hammer, et la chanson-titre développe la délicatesse perverse d’un Velvet Underground sous influence Nico. Ici, la pop music est toujours un peu désolée (
« Colour-Blind »), comme une fin de soirée, ou un début de journée vaseuse (n’est-ce pas Paris qui s’éveille dans
« 4 0’Clock » ?), et les filles s’en vont plus souvent qu’à leur tour (les percussions en suspension de
« Nether Town »), ou contemplent, désolées, l’effet des larmes sur leur maquillage (
« Anna May »).
Certes, The Zombies, Caetano Veloso (le plus anglophile des Brésiliens), ou David Crosby (le plus harmonieux des Californiens) traversent ces mélodies comme de bienveillants spectres, mais l’agencement de ces saynètes ne doit qu’à Diving With Andy. Et, in fine, tous ceux qui écoutent au moins une fois par jour The Beatles se rueront sur
Sugar Sugar, les amoureux d’une pop délicate et sensible aussi, les amateurs de refrains féminins idem, les laudateurs d’un art mineur pour majeurs dévergondés itou. Et tous les autres, tout pareil…Saluons la performance, et reprenons en chœur cette collection de brillantes réussites.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story