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12 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Errance et expiation,
Par D. Legare "Lire c'est respirer" (Ile de France) - Voir tous mes commentaires (TOP 500 COMMENTATEURS) (TESTEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sunset Park (Broché)
Miles Heller est employé en Floride par une banque pour vider de leur contenu les maisons saisies à cause de la crise, afin de pouvoir remettre ces maisons sur le marché au plus vite. C'est ce que Miles fait avec un regard à la fois critique et esthétique puisqu'il photographie ces formes de vestiges à chaque fois qu'il entre dans une de ces maisons. Il cumule les petits boulots et les nouveaux endroits depuis qu'il a volontairement disparu sans donner de nouvelles à sa famille. Pourtant en Floride, il y est depuis un bon moment car il est amoureux, très amoureux d'une très jeune femme, d'une mineure pour tout dire. Cette liaison est secrète car elle est hors la loi et tous deux se cachent pour ne pas être pris. Cependant des circonstances spéciales le forcent à rentrer à New York où vivent son père éditeur et sa belle-mère actrice. Ce retour forcé va l'amener à affronter son passé et la culpabilité douloureuse qu'il fuyait mais aussi peut-être à guérir, à grandir.Souvent les héros d'Auster ont une relation au père difficile et l'apaisement passe toujours par une période d'errance, et presque de purification par le vide, une sorte d'attrition (cela me rappelait Moon Palace). Ici Miles se défait de toutes ses possessions et de tous ses liens ou presque, mange très simplement, prends des jobs de base et vit de façon spartiate de ville en ville, une sorte d'ascèse pour expier. Son retour à New York dans la petite communauté du squat où il habite va l'y aider, et en particulier son ami d'enfance Nathan Bing. Auster nous raconte l'histoire de Miles avec en satellites les histoires de chacun des personnages. Comme d'habitude, il maîtrise la narration comme personne, c'est un conteur, un raconteur d'histoires qui nous mène à la chute avec aisance, l'écriture est sobre et fluide. On lit les derniers romans d'Auster avec confort, comme on enfilerait une vieille veste de laine dans laquelle on se sent à l'aise, en bref, Auster fait de l'Auster. C'est bien, mais on reste un peu sur sa faim, avec comme une impression de déjà vu. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Les plus belles années de notre vie !,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sunset Park (Broché)
Je ne me lancerai pas sur le sentier du ... résumé.Quelques lignes néanmoins pour « donner la tonalité générale » du roman. Miles Heller - 28 ans - porte un fardeau trop lourd pour lui. Sa vie a été sectionnée et ne sera jamais complètement réparée . Il souffre de la culpabilité du survivant.Culpablité qui va le faire errer en Floride , se coupant de sa famille et ses amis. C'est une histoire d'amour qui va le faire revenir près des siens à New York... mais je ne vous en dirai pas plus. Paul AUSTER brosse un portrait assez sombre de l'Amérique d'Obama. « Le concept connu sous le nom d'Amérique a fait long feu ! » « Miles Heller s'occupait d'objets abandonnés en Floride ( Crise des Subprimes ) , il côtoie désormais des personnes abandonnées à Brooklyn » La guerre en Irak est rapidement abordée. Il est tristement lucide sur l'avenir de la littérature aux Etats-Unis : « Comment publier de la littérature dans un pays ou les gens détestent les livres ? » Et souligne pourtant l'impact du livre ( les combats de Salman Rushdie et Liu Xiaobo ) Un vibrant hommage à de grands romanciers ( Miles et Pilar se rencontrent par le livre « Gatsby le magnifique » F. Scott Fitzgerald ) Pessimiste sur les perspectives d'une génération : « Est-ce la peine d'espérer à un avenir alors qu'il n'y a pas d'avenir ? » Beaucoup d'amertume , de mélancolie dans le devenir d'une grande nation . La mise en perspective avec le film de William Wyler (1946) « Les plus belles années de notre vie » est remarquable ( je vous laisse le soin de trouver le lien ) Un roman sur l'émancipation ( couper le cordon et grandir ) dans des environnements familiaux et sociaux de plus en plus mouvants ( familles recomposées , petits boulots... ) Renouer le lien familial pour retrouver une fonction sociale , vivre le moment présent... ;telles semblent être les recommandations de l'auteur . Une oeuvre forte malgré la sinistrose ambiante. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Faut-il espérer un avenir ?,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sunset Park (Broché)
Paul Auster est un écrivain américain né le 3 février 1947 à Newark, New Jersey, aux États-Unis. Une partie de son ½uvre évoque la ville de New York. D'abord traducteur de poètes français, il écrit des poésies avant de se tourner vers le roman. Il travaille également pour le cinéma. Il réside maintenant à Brooklyn et Sunset Park est son dernier roman paru.Miles Heller vingt-huit ans, personnage principal du roman, cache en lui une angoisse tue depuis la mort accidentelle de son demi-frère Bobby dont il se sent coupable, alors qu'ils étaient à peine adolescents. Abandonnant famille et études, il travaille en Floride au déblaiement des maisons abandonnées par les épargnants victimes de la crise économique. Un beau jour il tombe amoureux de Pilar, une jeune fille encore mineure d'origine Cubaine, qui vit avec ses deux autres s½urs. « Notons ici, pour mémoire, que Miles n'est pas quelqu'un qui fait spécialement une fixation sur des jeunes filles ». Victime d'un chantage portant sur sa relation avec Pilar risquant de l'envoyer en prison, il quitte la Floride pour revenir à New York, à Brooklyn dans le quartier de Sunset Park, pour vivre en communauté avec un ancien camarade, Bing Nathan, le seul avec lequel il ait gardé un contact et qui squatte une petite maison avec deux jeunes femmes. Désormais plus proche de ses parents, géographiquement parlant, va-t-il prendre l'initiative de renouer avec eux ? Les romans de Paul Auster sont toujours pleins de personnages qui se croisent, s'éloignent, mènent leur vie dans leur coin tout en interférant les uns avec les autres. Ce roman n'échappe pas à ce procédé narratif qui entraîne le lecteur dans des digressions nombreuses mais savamment orchestrées par l'écrivain. Tous ont des problèmes de toutes sortes, Miles trimballe son fardeau de culpabilité, Pilar est confrontée à la vénalité de sa s½ur aînée, les parents de Miles divorcés, se sont remariés et vivent tant bien que mal leur vie avec le secret espoir de revoir leur fils un jour tout en se coltinant les tracas du quotidien, pour son père éditeur, des problèmes financiers, pour sa mère actrice, le retour à la scène. Son ami Bing Nathan à l'origine du squat, « rêve de forger une réalité nouvelle sur les ruines d'un monde qui a échoué » et ses colocataires, Alice qui écrit une thèse sur les rapports entre hommes et femmes juste après la Seconde Guerre mondiale, Ellen artiste névrosée par sa solitude sexuelle, ceux-là aussi se démènent pour survivre au milieu de leurs angoisses existentielles et du mal-être qui les habite. Paul Auster mêle à ces destinées aux tourments intemporels, des faits précis et bien de notre époque, par petites touches discrètes. Décor de fin d'un monde qu'on pensait éternel, l'Amérique blessée (à mort ?), les Twin Towers évoquées par une ellipse « il pense aux bâtiments manquants, aux bâtiments qui brûlent et n'existent plus », la crise financière qui exproprie les plus faibles, les maisons encore meublées abandonnées dans l'urgence, les petits boulots pour survivre ou payer ses études, les loyers exorbitants' Un livre dense, peuplé de multiples vies qui souffrent, un roman choral et familial, celle du sang et celle du squat, où tous se mettent à nu avant de se clore sur cette pensée désabusée de Miles qui « se demande s'il vaut la peine d'espérer en un avenir alors qu'il n'y a pas d'avenir ». Un très beau roman, très sombre, car qu'y a-t-il de plus sombre que le manque d'espoir. Mais est-ce un roman ? « Même maintenant, il ne peut pas décider s'il l'a fait exprès ou pas. Il ne fait aucun doute qu'il a poussé Bobby, qu'ils se disputaient tous les deux et que, dans sa colère, il l'a poussé, mais il ne sait pas s'il l'a poussé avant ou après avoir entendu la voiture qui arrivait en face, ce qui signifie qu'il ne sait pas si la mort de Bobby est accidentelle ou si, secrètement, il a essayé de le tuer. Toute l'histoire de sa vie dépend de ce qui s'est passé ce jour-là dans les monts Berkshire, et il n'arrive toujours pas à savoir avec certitude s'il est coupable d'un crime ou pas. » Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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