La Jamaïque a produit des disques absolument divins entre 1970 et 1978. Si on devait constituer une sorte de Top 10 idéal, on s'apercevrait que le nom de Lee Perry est associé à au moins 7 sur 10 des productions figurant dans ce peloton de tête. Ce "Super Ape" qu'il a produit en 1976 pour ses musiciens attitrés les Upsetters, est certainement le plus impressionnant. Oeuvre mystique, libertaire et très expérimentale qui repose sur 1 travail de studio des plus aventureux. Le style Lee Perry arrive à pleine maturité avec ce disque sous-marin à l'extrème. En effet, l'emploi systématique d'échos sur les percussions (dubs) et sur les voix donne la sensation que vous écoutez ce disque au fond de l'eau ! mais attention, nous sommes projetés au c½ur de l'Océan Indien pas dans la mer Baltique ! C'est surtout dans son équilibre entre accessible et expérimental que cet album impressionne, si les titres proposés ne s'embarrassent plus des règles couplets / refrains, ils n'en demeurent pas moins mélodiques et mémorisables. "Super Ape" n'est pas un disque de Reggae ni de Dub, il a dépassé ces contingences pour aboutir à une oeuvre totalement unique sans aucune concession commerciale n'hésitant pas à piocher dans la Soul, la pop et surtout le jazz modal.
Oubliez les albums itératifs et multiplatinés de Bob Marley à la même époque et jetez donc une oreille sur cet OVNI capital au même titre qu'un "Bitches Brew" du grand Miles dont il n'est finalement pas si éloigné.