Dans un bureau débordant de chauvinisme, Carla suffoque. Pourtant, ses collègues semblent tout à fait indifférents à cette secrétaire mal fagotée de 35 ans, avec sa figure ordinaire et ses laides prothèses de malentendante. D’où vient, en tout cas, le titre du film : à cause de sa surdité, elle lit sur les lèvres des gens. Effectivement, c’est loin d’être un accident que ce film a remporté le César 2001 du Meilleur Son : comme si amplifiée pour tout le monde par les prothèses d’une femme beaucoup stressée, la bande sonore nous donne un portail magique ouvrant sur son univers. On entend les sonneries incessantes du téléphone, les cris d’un bébé, le claquement des portes, le boucan d’enfer d’une boîte de nuit. Peut-être Carla est handicapée, mais elle a quand même une perspective bien originale, voire unique. Ce qui fait que, chez moi, ce troisième long métrage de Jacques Audiard est un essentiel. À voir et à revoir. Cinq étoiles.
Il s’agit d’un drôle d’histoire d’amour qui n’a rien à voir avec le coup de foudre. D’abord, les collègues de Carla déposent leurs tasses de café sur son bureau : cette image récurrente précise sa position dans la compagnie. Quand elle s’évanouit, son patron passe à l’acte : il offre d’engager un stagiaire pour l’aider. Elle rêve d’un jeune prince charmant; mais l’ANPE a d’autres idées. Bref, Carla (Emmanuelle Devos ; César 2001, Meilleure Actrice) rencontre un escroc, Paul Angeli, récemment sorti de Fleury. Et les voilà. Carla, elle est prête à tout pour échapper de la prison de son boulot. Quant à Paul (Vincent Cassel, plus frappant que jamais), il est soucieux de ne pas rater ses obligations par rapport avec son contrôleur judiciaire. Paul frémit dans son sommeil. Et comme il souhaite se réintégrer dans la société, il presse de cacher de Carla le tatouage sur son avant-bras. Eh bien, c’est le tatouage d’un glaive – peut-être le glaive de la Justice ? L’aventure commence.