"Sur la piste des Mohawks - Drums along the Mohawks" est un western américain de John Ford (1939-1h43)
Scénario : Lamar Trotti , Sonya Levien et Walter Edmonds (son livre), William Faulkner (petite participation).
Photo : Ray Rennahan aidé de Bert Glennon / Musique : Alfred Newman
Casting : Claudette Colbert (Lana Borst puis Martin), Henry Fonda (Gilbert Martin), Edna May Oliver (Mrs. McKlennan), Eddie Collins (Christian Reall), John Carradine (Caldwell), Dorris Bowdon (Mary Reall), Jessie Ralph (Mrs. Weaver)...
Synopsis : Le 4 juillet 1776, les 13 colonies anglaises d'Amérique du Nord se sont déclarées indépendantes et sont entrés en guerre contre l'Angleterre. La vie quotidienne n'en continue pas moins. Gil Martin, un jeune colon de Deerfield, dans la vallée de Mohawks (Etat de New York) est venu à Albany pour épouser Lana Borst. Une fois mariés, Gilbert et sa femme, Lana, partent en chariot en direction de la ferme de Gilbert dans la vallée des Mohawks peuplée d`Iroquois qui sont manipulés par les anglais...
Henry King, dès fin 1938, devait réaliser "Sur la piste des Mohawks" et il avait commencé à rassembler ses premières idées en se mêlant du scénario, comme à son habitude. Mais Darryl F. Zanuck le producteur lui retira ce projet pour lui confier la mise en scène de "
Jesse James, le brigand bien aimé" avec Tyrone Power que la Twentieth Century Fox désirait mettre en oeuvre rapidement, il sortira en janvier 1939. Zanuck confia "Les Mohawks" à Ford qui venait de terminer "Patrouille en mer", et enchainait sur deux autres films, "
La Chevauchée fantastique" et "
Vers sa destinée". Il retrouvait donc l'acteur Henri Fonda pour "Sur la piste des Mohawks" qui, bien que se situant pendant la guerre d`indépendance, présente bien des aspects du western avec des pionniers et des indiens. Il s'attaquera ensuite à un autre genre avec "
Les Raisins de la colère". Quatre films en quelques mois et pas des moindres car même si certains réalisateurs réalisaient beaucoup, la différence avec Ford résidait dans sa prodigieuse capacité de sortir des films magnifiques voire des chefs-d'oeuvre.
John Ford réalise alors son premier film en couleurs et il va en jouer presque à l'excès, comme un gosse avec un beau jouet et cela va se ressentir sur les séquences où il y a du feu et il y en a beaucoup. Un feu qui rougeoie dans la nuit, avec ses colorations chatoyantes qui passent du jaune à l'orange puis au rouge et crépitant, jette des flammèches qui illuminent la nuit de magnifiques couleurs. Avec Ford le ciel le plus noir laisse tout de même filtrer quelques lueurs bleues foncées qui habituent l'oeil à percevoir des images et des silhouettes. Dans la journée un ciel bleu clair qui se blanchit de quelques nuages et le soleil qui, en se répandant sur la nature l'enjolive de teintes étonnantes. Les arbres de la forêt qui nous offrent une couleur verte qui tranche avec celle des prés et que dire encore des champs de blé qui passent d'un jaune d'or au rouge intense sous l'effet du feu. John Ford prouve, s'il était encore nécessaire de le dire, qu'il est un artiste complet. Sa caméra en guise de pinceau il nous offre dans ce film, avec l'aide de son talentueux directeur de la photo, Ray Rennahan, une succession d'images plus belles les unes que les autres.
Et l'histoire, me direz-vous ! Elle s'avère passionnante et pleine de personnages hauts en couleurs (eux-aussi) mais plus pour leurs qualités humaines que pour leurs costumes. John Ford retrouve ici le plaisir de mettre en avant tous ces artistes de compléments, grossissant le trait lorsque le pittoresque l'emporte Il aime décrire la vie, les joies, les peines autant que mettre en valeur ses vedettes. Celles-ci, Claudette Colbert (Lana) et Henry Fonda (Gilbert), se prennent au jeu en interprétant ce jeune couple courageux qui, malgré tant de misères, parviendra à surmonter les obstacles dans ce milieu hostile, avec toutefois de belles crises de nerf et de frayeur pour Lena qui sera, à plusieurs reprises, confrontée aux farouches indiens. Si Henry Fonda (1905-1982), qui vient de se faire remarquer dans "
Jesse James, le brigand bien aimé" et "
Vers sa destinée", assume totalement son rôle avec une justesse de ton et de jeu. Claudette Colbert (1903-1956) qui a commencé sa carrière sous l'époque du muet, est déjà une vedette très connue avec pas mal de films et de succès à la clé, notamment l'Oscar de la meilleure actrice en 1935 pour son rôle dans "
New York Miami" au Côté de Clark Gable. Mais son jeu demeure celui d'une actrice d'une autre époque et cela se ressent quelque peu pour le personnage de Lena.
Conclusion : malgré les moyens d`un budget "mesuré", John Ford nous offre, une fois de plus, un film d'une grande beauté et intéressant. Les connaisseurs du maître se doivent de posséder ce DVD. Les autres ne seront pas déçus s'ils aiment le cinéma complet, celui d'un maître d'Hollywood de la grande époque.