Le quatrième album (en douze ans, ce qui traduit une défiance certaine face aux cadences infernales) d’Antony Hegarty et son groupe est précédé de quelques performances remarquables (et triomphales, tant en Australie qu’à Tokyo), et sera vraisemblablement suivi d’une définitive mise en orbite internationale de la carrière du chanteur, tant l’on sent frissonner ici (quelques médias de référence) ou là (la dévote impatience des fans de par le monde) les signes avant-coureurs de la
next big thing.
La première écoute laisse transfigurer de manière éclatante que, s’il chante toujours aussi merveilleusement, Antony va manifestement beaucoup mieux dans sa tête et dans son cœur. Les ténèbres maniaco-dépressifs de The Crying Light (on notera la continuité induite par le titre du nouvel album) font en effet place ici à un univers plus ouvert sur les élans débridés, plus à l’écoute de l’autre en fait. Le chanteur ose quelques déclarations qui frôle le bonheur simple (« Thank You for Your Love » au chant extatique, ou un « I’m In Love » aérien dans sa ferveur sensuelle). Interrogé sur le sujet, Hegarty évoque lui-même des instants de joie lumineuse, et on est en droit de se pincer, lorsqu’on se remémore la profonde mélancolie (pour ne pas écrire pis) du bonhomme.
Mais le fait est que, enchaînant en souplesse et talent l’hypnotisme de « Everything Is New » (chanson d’ouverture) avec l’anxiété martelée de « Ghosts », voire le caractère onirique d’un « I’m In Love » déjà cité, l’album révèle progressivement les multiples richesses de son foisonnement. Ceinturé par deux versions d’un même thème (« Christina’s Farm » conclut l’opus dans une atmosphère sereine, ce qui constitue un signe patent), Swanlights célèbre également, trois ans après « Dull Flame of Desire », les retrouvailles d’Antony avec Björk, dans un « Flétta » décharné, et sépulcral. Toutes ces facettes imposent ce nouvel effort, au choix comme l’album de la maturité, ou celui d’un classicisme épanoui. Mais, avant tout, font de Swanlights un magnifique disque.
Á noter que le premier titre mis en avant est « Thank You for Your Love », chanson incluse dans un EP où se retrouvent en outre deux reprises de standards ou assimilés (l’ « Imagine » de John Lennon, et un « Pressing On » en gospel de bonne facture emprunté à l’album Saved de Bob Dylan). Enfin, l’édition de Swanlights s’accompagne de celle d’un livre d’art, compilant peintures, photographies, et autres créations, de la main du chanteur en personne.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story