Marcel Proust a toujours suscité des envies d'adaptation, rarement suivies d'un passage à l'acte. On sait ainsi que Visconti fut tout prêt de tourner la Recherche en 1971 avec un casting de rêve (Alain Delon en narrateur, Helmut Berger en Morel, Marlon Brando en Charlus, Sylvana Mangano en Guermantes, Simone Signoret en Françoise, Edwige Feuillère en Verdurin...) avant de renoncer et de tourner Ludwig. Depuis lors, Raoul Ruiz avec Le temps retrouvé (1999) et Chantal Akerman avec La captive (2000) se sont essayés à cet exercice impossible, sans me semble-t-il réussir aussi bien que Volker Schlöndorff avec ce très sous-estimé et mal aimé Amor de Swann (1983). A première vue, le très francophile réalisateur allemand (ancien assitant de Melville, Malle ou Resnais) a choisi la solution de facilité en limitant son essai au segment de Du côté de chez Swann consacré à la passion de Swann pour Odette de Crécy. Les choses sont un peu plus compliquées puisqu'il a en fait, avec ses scnéaristes Jean-Claude Carrière et Peter Brook, pris quelques segments du Côté de Guermantes et de Sodome et Gomorrhe (les rencontres de Charlus, l'annonce par Swann de son futur trépas à la Duchesse de Guemantes) et que, surtout, il a quasiment évacué la description du petit cercle des Verdurin (une scène seulement) pour se concentrer sur la jalousie de Swann. L'ensemble est, à la revoyure, incroyablement convaincant (et fidèle). Tout Proust est là, par petites touches admirablement rendues mais qu'une bonne connaissance de l'oeuvre permet seule de noter. Le casting est très juste : Irons et Delon (en Charlus) rendent une de leurs meilleures compositions et si Ornella Muti est une Odette un rien trop distinguée, Fanny Ardant et Marie-Christine Barrault sont des images parfaites de la duchesse de Guermantes (princesse de Laumes en réalité, mais peu importe ce léger anachronisme) et Mme Verdurin. Les décors de Dante Ferreti savent admirablement opposer les goûts et moeurs distincts que trahissent les décorations de l'appartement de l'esthète célibataire Swann, de l'hôtel de la cocotte en voie d'ascension Odette et des palais du Faubourg St Germain des Guermantes. Ce film est très sous-estimé ; il mérite d'être vu et revu.
Le film doit être vu en version française, Irons et Muti faisant l'effort de parler français (même s'ils sont doublés - dans le cas d'Irons, par Pierre Arditi).