SWEET SWEETBACK'S BAAD ASSSSS SONG est un film radical. Première réalisation de Melvin Van Peebles, il est le reflet des luttes de la communauté Noire, à la fin des années 60 aux Etats-Unis. Dès le générique, avant même le nom des comédiens, un carton précise : « avec la communauté Noire », et « film dédié à tous les Noirs qui ont eu des problèmes avec des Blancs ».
Sweetback est un gigolo, élevé dans un bordel, qui s'exhibe dans des spectacles pornos. Son coup de rein est légendaire. Deux flics blancs l'emmènent en voiture pour un interrogatoire de routine. En chemin, les policiers interviennent dans une émeute, embarquent un leader Noir, et le tabassent. Sweetback, comme dans un état second, frappe à son tour les deux flics, les laissent inconscients, et s'échappe...
Ce film est une longue chasse à l'homme. Sweetback court, dans les rues, hors des villes, dans le désert, vers la frontière mexicaine. Patrouille de polices, hélicoptères, médias, il est la cible à abattre. Van Peebles fustigent les forces de police, leur brutalité, la complicité des journalistes, la complicité des Blancs. Il ne trouve refuge nulle part, pas même auprès d'un prêtre, plus proche de Tartuffe que de Martin Luther King. Il croise une bande de motards, des Hell's Angel sans doute, eux aussi marginalisés, et dont Sweetback pourrait attendre de l'aide... Mais encore une fois, la couleur de peau les séparent. La bande son colle au genre, avec des morceaux funk, mais Van Peebles utilise aussi des dialogues off, des interrogatoires, des interviews, qui ponctuent sa course folle et désespérée, comme des messages subliminaux. Un procédé qui se révèle dramatiquement très efficace.
Sur le plan technique, le film est réalisé avec les moyens du bord, décor naturel, caméra à l'épaule, images de rue, volées, pas de source d'éclairage artificielle. Les scènes nocturnes sont à peine lisibles. Van Peebles utilisent aussi des figures de styles propres à cette époque, surimpression, solarisation, zoom. Film radical tant dans le fond, que dans sa forme. Difficilement regardable au début, le film en devient fascinant ensuite. On adhère au héros, à sa lutte, à sa fuite. Pas de messages grandiloquents, de déclarations ostentatoires. (Sweetback ne dit pas un mot pendant 1h30). Van Peebles montre les choses, de front, sans complaisance. Il court pour échapper à la mort. C'est tout. Je ne dévoilerai pas la fin, mais un dernier carton annonce : « attention, un Nègre reviendra régler ses comptes ». Message qui se voulait prophétique, à l'époque, mais la guerre totale n'a pas eu lieu.
SWEETBACK est un film à part dans le courant de la Black Exploitation. On le trouvera bancal, agaçant, daté, bâclé. Ce n'est pas ce qui compte le plus. C'est avant tout une oeuvre courageuse, terrifiante, militante, passionnée. Et passionnante.