En 1997, l'Opéra de Paris commandait à John Neumeier une nouvelle chorégraphie pour « Sylvia », œuvre emblématique de Delibes dont il n'existe que peu de versions en DVD. Celle-ci est (très bien) filmée en 2005, avec une superbe qualité d'image. Les trois interprètes masculins sont les mêmes qui créèrent le ballet huit ans plus tôt, tandis que les grands rôles féminins (Sylvia et Diane) sont tenus par deux nouvelles danseuses.
La version de Neumeier bouscule passablement le livret original, pour nous proposer une histoire moderne, intéressante et globalement très claire, qui voit une brillante jeune femme, forte et indépendante, repousser l'homme qu'elle devrait aimer, puis s'abandonner à des plaisirs plus faciles, pour se rendre compte, vieillissante, qu'elle a peut-être raté sa vie sentimentale. La partition aussi est un peu modifiée, Neumeier ayant supprimé certains numéros, mais aussi ajouté au moins un autre morceau de Delibes.
Pour ce qui est de la danse, le premier quart d'heure m'a laissé extrêmement sceptique, qui montre les « esprits de la forêt », en salopette ou chemise de nuit, gesticuler absurdement. Heureusement, Sylvia arrive sur la scène, qu'elle occupe ensuite le plus souvent. Et au firmament de la danse, Aurélie Dupont est décidément une étoile de première grandeur. L'expressivité et la fluidité de son style sont sans égales ; elle est parfaite, et on ne peut que l'admirer sans réserve. Ses deux partenaires sont également excellents. Manuel Legris, que je trouve souvent un peu limité pour le grand répertoire russe, est parfait dans ce style plus moderne, où ses grands talents d'interprètes peuvent s'exprimer. La chorégraphie permet à Nicolas Le Riche de briller dans le rôle d'Orion (le séducteur en queue-de-pie), plus que dans celui de l'Amour (en salopette de clown !). Enfin, Marie-Agnès Gillot et José Martinez ont un rôle nettement plus restreint. Leur duo alambiqué (Diane se souvenant d'Endymion) n'est pas la meilleure inspiration du chorégraphe, mais Gillot est très convaincante en Diane.
De façon générale, la danse de Neumeier se base sur les improvisations du chorégraphe et son travail avec les danseurs. Le résultat est très inventif, assez inclassable, mais parfois inégal. Si les danses des principaux interprètes sont le plus souvent inspirées, celles du corps de ballet peinent à convaincre, paraissent inutilement compliquées, et font finalement peu d'effet. C'est pour ces temps morts de la chorégraphie que ce beau ballet n'atteint pas tout à fait les sommets. Mais nos étoiles nationales valent d'être vues...