Pour ceux qui ne connaisse pas la musique avant BACH ou VIVALDI, « Le Sagittarius » appelé aussi « L' Orphée du Nord », Hienrich SCHÜTZ (1585-1672), soit 100 ans avant le Cantor de LEPZIG ! est un passage obligé dans la connaissance et la sensibilité musicale. Ce musicien nordique se rendit à Venise, comme élève auprès des Gabrieli et de Monteverdi.
Il a su faire la synthèse de l' expression mélodique italienne et du contrepoint germanique.
Ces courtes symphonies instrumentales et vocales sont des absolues merveilles où alternent instruments et voix, un modèle du genre, avec durées allant entre 3'26 et 7'44.
Chacune de ces merveilleuses symphonies ne ressemblent à aucune autres et constitue des compositions à géométrie variables, tant dans l' instrumentation que dans des voix d'enfant, de contre ténor, de ténor, d' alto de basse, en solo ou en duo.
Un vrai tour de force de génie ! La beauté mélodique, le contrepoint, l' instrumentation idoine en fonction du sens des textes Bibliques, où chaque symphonies est un vitrail de couleurs, selon l' éclairage de la saison et des heures du jour. Si un choix totalitaire m' étais imposé, Je donnerais sans regret toutes les cantates de BACH pour les symphonia sacra de SCHÜTZ, c'est pas peu dire !
C'est la raison pour laquelle, je vous conseille vivement de faire votre initiation à SCHÜTZ (dont j' ai toute l' oeuvre) en commençant par le miel :
LES SYMPHONIAE SACRAE I ( Concerts spirituels allemands) publiées à VENISE en 1629 ( Volume I car il existe 3 cycles prestigieux) Comprend de 20 à 21 motets ( selon les enregistrements).
Deux exemples seront suffisant pour prendre la température sonore des interprétations :
Elles s'ouvrent sur un « Cantabo Domino in vita mea » SWV 260 d'une beauté pastorale printanière et angélique avec la voix légère du ténor qui dialogue avec les 13 instrumentistes requis pour cette symphonie dont l' aigüe des flûtes à becs y développent leur suc dans des guirlandes sonores enchanteresses dans la version Hans GRÜSS.
Contrairement à d'autres, GRÜSS a l'intelligence d'employer, tour à tour les flûtes et les violons. Instrumentalement, vocalement et une prise de son où domine une extraordinaire pureté générale et diaphane. Elle domine incontestablement la discographie.
Par contre le « Fili mi Absalon » SWV 269 avec sa déclamation dramatique et ostentatoire du texte par une voix de basse, et les méditations alternées sur le quatuor de sacqueboutes ( Trombone) est d'une beauté sépulcrale, cependant alerte et joyeuse dont l' atmosphère grandiose fait curieusement penser, toute proportion gardée, à l'extraordinaire atmosphère que le génie de RACHMANINOV a saisie dans le tableau d' Arnold BÖCKLIN (1827- 1901) « L' Iles des Morts » dont il avait fait 5 versions. Egalement on est surpris d'entendre 250 ans avant, la déclamation Wagnérienne de Wotan dans la walkyrie !
CAPELLA FIDUCIANA. Hans GRUSS. Berlin Classics. 2 CD. Chanteurs excellents dont Peter SCHREIR; Plaquette en Allemand et Anglais uniquement. Mais un gros atout pédagogique et auditif : Détail de l'instrumentation pour chaque pièce. Textes en latin traduit en anglais. Version la mieux enregistré, d` une transparence et d'une définition de timbre magnifique dont on peut se rendre compte ici sur le site.
Hans GRÜSS a également enregistré le second livre des SYMPHONIAE SACRAE II ( 1647 à Dresde) soit 27 concerts avec 11 chanteurs (3 CD Total 163 min.) CAPRICCIO ( 1985) avec peu ou prou la même distribution. Même qualité superlative que le 1er livre.
Référence bibliographique : Heinrich SCHÜTZ par Martin GREGOR-DELLIN traduit de l' allemand. 420 pages. FAYARD.
Nous commenterons deux autres intégrales. D'autres versions incomplètes sont parues sur un seul CD ! Quel que soient leur mérite, on se demande comment on peut tronquer un corpus aussi éblouissant, c'est musicalement et éditorialement absurde ! Encore un coup économique d' Editeur !
REMARQUE sur le cheminement de l' écoute.
Depuis notre enfance, nous avons fait notre éducation musicale auditive tout seul, dans la solitude la plus absolue, à l' affut radiophonique dans un premier temps et ensuite discographique de tous ce que nous ne connaissions pas ! Une véritable boulimie inextinguible, si bien qu' à 17 ans je connaissais par coeurs près de 1000 oeuvres dont une à deux secondes d' écoute me permettait de l' identifier immédiatement avec la tonalité et les numéros d' opus ! Et plus tard, je reconnaissais des musiques que je n'avais jamais entendue, mais dont j'avais lu des descriptions ou des analyses, ou simplement appris l' existence. J'en fut le premier étonné.
Egalement j' étais arrivé à reconnaitre la sonorité particulière des orchestres, lorsqu'ils avaient encore gardé leur sonorité spécifique.
Certaines oeuvres me semblaient difficile d' écoute, parce que l'oreille et la sensibilité était incapable de la « digérer » à cause « d' une constitution » insuffisamment développée.
Ensuite, je me suis aperçu que la première audition ne livrait pas automatiquement toute la substance assimilable, et qu' il fallait souvent « remastiquer » ce plat sonore afin d' en digérer toutes les composantes.
Ainsi, l'analogie avec la physiologie est évidente, car votre cerveau doit « digérer » ce que vous lui donnez à entendre.
Aussi, j' ai souvent remarqué que les oeuvres les plus profonde ne livrent pas immédiatement leur substantifique moelle et que celles qui vous séduisent immédiatement sont souvent « légères » comme les femmes de petites vertus !
Il faut les mériter par la patience, l'exploration et la maturation. Cette expérience nous a appris qu' il existe des portiques mystérieux, sorte de « Porte des Etoiles Musicales » qui donnent accès ou pas à d'autres planètes sonores. La magie de la musique est bien un voyage « interplanétaire » spirituel qui vous livre des merveilles de l' Univers si vous avez développé le réceptacle, cet « athanor » ce fourneau cosmique dans lequel vous aller faire votre digestion alchimique vibratoire.
C'est la raison pour laquelle l' écoute est une qualité que l'on acquiert avec une longue patience et qui dépend de ce que vous avez développé en vous-même sur tous les plans. Ce qui fait que personne n'entend exactement la même chose. Reste l'analyse objective sur la constitution de phénomène sonore, qui demande, là aussi des capacités à développer, par une rigoureuse écoute analytique du timbre des instruments, de leur reconnaissance et de leur amalgame. Il faut donc attentivement se poser la question : qui joue et avec qui ? Tout le secret de l'écoute est ici, cette conscience constante dans l'instant présent dans la persévérance.