Je dois avouer que j'ai mis bien du temps à apprécier cet enregistrement. Le tempo pachydermique de l'entrée des cordes et de la percussion, et bien plus ample que le portique introductif qu'elle ponctue, a totalement coloré mes premières écoutes : lourdeur, incohérence et auto-contemplation. A la longue, la réécoute m'a révélé une version ample, certes, mais cependant vivante, alternant avec pertinence moments d'animation et de contemplation, plus d'une fois touchée par le génie. Ce qui fait l'intérêt de cette lecture, c'est peut-être justement l'éclatement des points de vue ,des moments et des lieux, des tons et des caractères, car en même temps Chailly réussit à maintenir une continuité du flux musical. Tout compte fait, je me demande si ce double disque n'est pas encore meilleur, car plus mahlérien, que celui, à peine moins, de Boulez avec les Wiener Philharmoniker. Dans les deux cas le maillon faible est à chercher dans le lied, avec un mezzo léger et sopranisant chez Boulez et une "chanteuse" effrayante chez Chailly. L'orchestre, en revanche, se couvre de gloire, démontrant comme dans chaque disque que Chailly l'a laissé à son successeur dans un plus bel état encore qu'il ne l'avait reçu de son prédécesseur. Si on est équipé d'un lecteur de SACD, on préférera ce format.