Jeune homme, Bruno Walter voulait être compositeur et chef d''orchestre comme son mentor et modèle Gustav Mahler. Lorsqu''il compose son ambitieuse Symphonie en ré mineur (à laquelle Mahler réserva en 1907 un accueil glacial), sa vie de créateur touche en fait à son terme et sa musique sera bientôt entièrement oubliée. Après sa création à Vienne, la symphonie ne sera redonnée qu''une fois de son vivant (il devait encore en composer une seconde). Elle a été récemment resuscitée par Leon Botstein, chef de talent, curieux des répertoires moins fréquentés que d'autres
Dukas: Ariane et Barbe-Bleue, qui nous en donne ici avec l''orchestre de la NDR de Hambourg le premier enregistrement mondial. Peu aimable, l'oeuvre peut néanmoins captiver tous ceux qui s''intéressent à l''époque si riche de l''histoire de la musique à laquelle elle appartient. Elle a en effet comme un air de famille avec Mahler (la Septième symphonie), mais aussi avec Zemlinsky ou avec le Schoenberg de Pelleas. En quatre amples mouvements, elle se caractérise par son sombre climat, son langage abrupt et une utilisation efficace de l''orchestre qui tourne le dos à l''opulence straussienne. L' Agitato final, ambigu et fiévreux, est d''un caractère original et ne manque pas d''allure. Si on garde souvent de Bruno Walter l''image réductrice d''un musicien surtout aimable et débonnaire, voici certainement de quoi la corriger.
Ce disque, comme récemment celui de la Natursymphonie chez le même éditeur
Siegmund von Hausegger: Natursymphonie [Hybrid SACD], nous amène à réfléchir aux limites habituelles du répertoire. Tout se passe comme si, à côté des sommets principaux du massif que constitue la musique vers 1900, connus de longue date et justement admirés, nous pouvions apercevoir désormais d''autres pics moins élevés, mais qui ont toute leur place dans le paysage.