Je me suis pendant longtemps contenté des témoignages de Bernstein avec Vienne lors de ses deux dernières intégrales, sans chercher à approfondir davantage. Loin de la frénésie de l'américain, Nagano apporte un regard plus profond, sachant aussi bien donner chair aux passages Langsam de la seconde partie, qu'il décante merveilleusement tout en restant très expressif, qu'au tutti tonitruants du Veni Creator, idéal dans sa ferveur dépouillée de toute excitation exagérée. Parmi les grands moments de ce disque, les dernière minutes du Veni Creator, vraiment impressionnantes malgré cette volonté d'éclaircir les textures, mais surtout, une deuxième partie remarquable, profondément expressive. J'imagine le passage Blicket Auf comme le plus beau du monde, mais je ne connais pas Solti ou Gielen... Enfin, Nagano construit un crescendo mémorable pour le final, d'un souffle immense et qui, à chaque écoute, me remplit de frissons (l'apparition de Mater gloriosa au coeur du crescendo est d'anthologie)
La prise de son SACD, très réussie, que je ne peux qu'écouter en stéréo pour le moment, s'appréciera sur un système hi-fi de haut niveau.