Lodewijck Mortelmans (Anvers, 1868-1952): Symphonie Homérique (1898), Atmosphère matinale (1922), Mythe du Printemps (1895)
Quand on sait ce que le qualificatif "homérique" suggère dans l'esprit d'un homme de culture classique, on ne doit l'employer qu'avec une extrême prudence. Mortelmans aurait dû y songer avant d'en gratifier sa première et unique symphonie. Car, malgré toutes les précautions qu'il prit, lors de la création, pour avertir le public que les quatre mouvements intitulés respectivement "Les Héros", "Souvenirs de la mort de Patrocle", "Chants des sirènes", et "Le Génie de l'Héllade", ne constituaient pas de scènes descriptives proprement dites, l'auditeur ne peut s'empêcher d'y chercher des illustrations et d'être déçu quand ses recherches n'atteignent pas ses espérances. Le compositeur se serait-il contenter, à la manière de Liszt, de sous-titrer son oeuvre "après une lecture d'Homère", qu'il n'y aurait rien eu à redire. Mais que ce long préambule ne décourage pas le mélomane. Nous avons là une belle symphonie post-romantique dont le premier mouvement est d'une grandeur plus solennelle qu'héroïque peut-être, mais pleine de noblesse et de dynamisme, le deuxième d'un deuil mélancolique, le troisième d'une séduction naïve et primesautière, et le quatrième d'une sagesse étonnamment festive. Une oeuvre qui, se souvenant de Wagner (époque oblige), et annonçant parfois certaines audaces de Sibélius, sans oser les développer, nous suggère plutôt que la pensée d'Athènes ou le drame troyen des images d'une Arcadie idyllique tout à fait séduisantes. De plus, historiquement parlant, cette symphonie a participé à la naissance de la musique symphonique belge qui s'illustrera avec Paul Gilson, Arthur Meulemans, Marcel Poot, Jef Maes et bien d'autres.
Le CD contient deux autres oeuvres symphoniques de Mortelmans, l'un précédant de peu la symphonie homérique, l'autre constituant le retour du compositeur à la musique d'orchestre après plus de vingt ans consacrés à la musique vocale, principalement les lieder dont il est un maître incontesté, quoiqu'encore méconnu en dehors des frontières belges, ces lieder ayant été composé sur des poèmes en langue flamande, ce qui en limite fortement la diffusion.
Le Royal Philharmonique Flamand est placé sous la direction du chef britannique Martyn Brabbins, son principal chef invité, qui dirige ces oeuvres avec tout l'enthousiasme et la probité souhaitables. Une petite découverte à faire, et comme disait un commentateur du Nord de la France parlant d'un CD de Paul Gilson : "Osez la musique belge !"