La Symphonie n° 4 Op. 43 de Dmitri Chostakovitch a été composée de 1934 à 1936. La première devait avoir lieu le 30 décembre 1936, et être donnée par l'Orchestre Philharmonique de Leningrad sous la direction de Fritz Stiedry, un réfugié de l'Allemagne nazie mais, durant les répétitions, Chostakovitch retira de lui-même sa symphonie du programme, en raison des attaques dont il faisait à ce moment l'objet dans le journal « La Pravda », d'abord à l'encontre de son Opéra « Lady Macbeth de Mtsensk » à l'occasion de sa reprise en 1936 au Théatre Bolchoï - cet Opéra avait été créé au Théâtre Maly de Leningrad (Saint Petersbourg) en 1934 avec un grand succès - puis dans un article relatant une répétition de cette quatrième, article qui se terminait par un menaçant : « On joue avec l'hermétisme, un jeu qui pourrait mal finir... » Contrairement à ce que l'on peut lire très souvent, il ne semble pas qu'il y ait dans cette symphonie de quelconques allusions politiques (des allusions, généralement subtiles et uniquement compréhensibles par les Russes, existent bien dans quelques oeuvres de Chostakovitch, en nombre très restreint) ; la forme de cette symphonie est très complexe - le nombre de ses mouvements est en réalité indéterminé - et inclassable, d'une très grande richesse rythmique et harmonique, qui allie des dissonances « forte » extrêmes avec des alliages mélodiques subtils de sonorités entre la caisse claire, les cymbales, le triangle, le bloc en bois, les castagnettes, le tam-tam, les cloches tubulaires, le xylophone, le glockenspiel, le célesta et les harpes, mélodies de timbres auxquelles la « Klangfarbenmelodie » telle que la concevait Anton Webern (1883-1945) n'est probablement pas étrangère... bien que l'oeuvre ne soit absolument en rien dodécaphonique (système que connaissait Chostakovitch mais qui, semble-t-il, en l'intéressait pas), soit très difficile d'accès à la première audition, et ne se laisse généralement pénétrer qu'après plusieurs écoutes, après un long « mûrissement intérieur » de la part de l'auditeur. Son « Final », quasi adagio, certainement l'un des chefs-d'oeuvre du genre dans toute l'histoire de la Symphonie, qui débute par un « forte » extrême et dissonant, est un long decrescendo de près de sept minutes qui, au travers de multiples transmutations quasi-continue des timbres et des couleurs sonores, aboutit au silence.
La création de la quatrième Symphonie n'eut finalement lieu que le 30 décembre 1961, par l'Orchestre philharmonique de Moscou sous la direction de Kirill Kondrachin, et n'obtint, lors de la Première, qu'un « succès d'estime ». Longtemps, il n'exista de cette symphonie qu'un nombre d'enregistrements se comptant sur les doigts d'une main, les enregistrements « historiques » (Kirill Kondrachine, Gennady Rozhdestvensky, Eugene Ormandy et Leonard Slatkin) - à l'exception des « intégrales » (Bernard Haitink, Rudolf Barshai, Maxime Chostakovitch et Mstislav Rostropovich), à l'époque tous introuvables (à l'exception de celui de Bernard Haitink), même chez les « bons disquaires » ; longtemps, beaucoup de ceux qui parlaient et même écrivaient à propos de cette symphonie n'en avaient en réalité jamais entendu une seule mesure ! On peut estimer que cette oeuvre a été incomprise de presque tous le monde jusqu'au début des années quatre-vingt-dix (la plupart des « Grands Chefs » ayant enregistré la Cinquième - Leonard Bernstein, Leopold Stokowski, Karel Ancerl, Kurt Masur, Lorin Maazel, Kurt Sanderling, Evgeny Svetlanov ( !), Evgeny Mravinsky ( !) et quelques autres - n'ont jamais enregistré la Quatrième...), date à laquelle ont commencé à apparaître les premiers enregistrements « non-historiques » (Vladimir Ashkenazy, Simon Rattle, Valery Gergiev, Neeme Järvi, Myung-Whun Chung, André Previn, Mariss Jansons, Eliahu Inbal...). Peut-être, dans quelques décennies, cette symphonie sera-t-elle mise sur un pied d'égalité avec la Cinquième - et même, qui sait... En nombre d'enregistrements récemment réalisés, la Cinquième l'emporte encore aujourd'hui sur la Quatrième à plus de cinq contre un.