...dans le cadre de son intégrale : une des lectures les plus longues de la discographie, qu'égale presque celle refaite pour Telarc, en quelque quarante-deux minutes, même si la physionomie, le relief sont toutefois différents. Dans ce nouvel enregistrement, « le phrasé est très large, un rougeoiement automnal baigne tous les mouvements, même le sinistre Scherzo » écrivait Michael Kennedy dans le magazine Gramophone en mai 1989.
Signalons que la prise de son offre ici un meilleur équilibre entre les pupitres (bois, cordes, cuivres), permet des mélanges raffinés.
Cette interprétation du Moderato m'a un peu déçu : manque de tension (noire à 66 au lieu de 80 jusqu'au Tranquillo à 3'34), paysage serein mais trop embrumé pour l'Allegro (5'32-7'46). Trompettes et cors moins éclatants entre les mesures 151-157.
Entre 175-184 (8'26-9'01), l'épisode canonique semble dénervé ; altos, cors, trompettes, trombones ne se démarquent pas assez voire dénotent une certaine confusion. L'apothéose tutta forza laisse désirer une autre grandeur, davantage de force volontaire.
Ce premier mouvement apparaît alors trop passif, figé dans un certain statisme.
Entre les deux versions, la métronomie et l'humeur du Scherzo apparaissent identiques. On regrette chaque fois une carence de causticité, et ici un léger manque de cohésion à 3'38 quand s'active la danse sardonique, dont le rythme pourrait être mieux serré.
Comparé à sa précédente lecture, et même dans l'absolu : Previn étire la Romanza au-delà de ce qu'autorise
la partition. Deux bonnes minutes de plus que Boult ! Noire à 46 au lieu de 66 jusque l'Animato (-6'21) -55 pour
Sir Adrian chez Emi.
Admirons tout de même ce tramage tissé par les archets du Royal Philharmonic. La flûte prend essor harmonieusement (2'18) alors qu'elle surgissait abruptement avec le LSO. En revanche, à la mesure 43 (3'05), l'unisson des cordes en triolet se fédère plus distinctement.
Un sentiment mélancolique se diffuse, puis évolue vers une noble intensité pour le climax, innervé dans le moindre capillaire.
Le Finale est pétri d'une joie simple et naïve à laquelle aspiraient certainement beaucoup d'Européens quand le compositeur acheva cette oeuvre en 1943. Previn le veut vif et subtil. Il atteint la mesure 216 à 6'10 (6'46 chez RCA) puis adopte la noire à 70 (idem que Boult) pour retrouver le « tempo del Preludio ». Les contrastes sont ici plus violents, les ciels plus orageux, et s'éteignent dans une élégiaque palette de camaïeu.
La "Fantaisie sur un thème de Tallis" atteste de l'habileté polyphonique du compositeur, qui utilise un « double string orchestra » et un quatuor de solistes.
Confronté au superbe témoignage enregistré par
Boult, Previn alentit le Largo liminaire mais adopte ensuite une mobilité plus allante : par exemple dans la section Poco piu animato, noire à 50 ; 45 pour son confrère moustachu, dont l'altiste imaginait des couleurs mieux nourries qu'Andrew Williams.
Pour le Piu animato (9'42-11'47), les cordes du Royal Philharmonic construisent un climax étudié mais pas aussi émouvant que celui du London Philharmonic.
Là où Boult travaillait le crin, brossait des empâtements, avec Previn la prosodie semble plus nette, la respiration plus prompte, les entrelacs mieux discernés. Mais sans peser : il cherche la transparence du glacis. Et obtient un prodigieux raffinement de nuances. Ainsi dans le Largamente (4'10-6'19) : le second groupe d'archets murmure en écho comme depuis les jalousies de la boîte expressive d'un orgue.