...cette "Leningrad" faisait suite à un précédent enregistrement par Kurt Masur,
en 1998 avec le New York Philharmonic (Teldec).
L'ancien Kapellmeister du Gewandhaus de Leipzig rattache l'oeuvre à la grande tradition austro-allemande, sans forcer la circonstance de célébration patriotique de cette oeuvre écrite pendant le siège de la cité petersbourgeoise envahie par les troupes hitlériennes.
Il propose une approche bien construite, et plutôt affective du premier mouvement. A 17'37 le crescendo culmine en un cri de douleur que le Moderato va progressivement apaiser, jusqu'au Meno mosso (23'33-23'45) où les cordes du National rappellent le souvenir du robuste thème initial, ouaté dans un émouvant legatissimo.
Masur soigne le détail : quand débute l'épisode de l'invasion (6'12-), on perçoit distinctement l'effet col legno des violons 2 superposés aux pizzicati d'altos.
En revanche, la balance entre les instruments appelle quelques reproches, sans doute à cause de la prise de son et du mixage.
A 16'22 (mesure 459), les quatre cors s'entendent trop peu dans le tumulte ambiant.
Même problème dans le troisième mouvement (Adagio) à 8'56 : même s'ils jouent avec sourdine, ils n'auraient pas dû être masqués par la scansion de caisse claire. A noter que celle-ci déborde allègrement d'une mesure (303, 9'18) alors qu'elle doit se taire dès que les trois trompettes tiennent leur la en blanche. Un incident de concert, certes absolument bénin.
Globalement, Masur accuse la puissance émotionnelle de ce troisième mouvement, par un phrasé sentimentaliste et un tempo d'abord trop retenu.
Noire à 83 (au lieu de 112) pour le choral qui semble touffu et poussif. Noire à 68 (au lieu de 92) pour les sections Largo (1'25-2'02...) que les cordes humectent de larmes.
Le Moderato risoluto (7'41-11'03) est dirigé au tempo idoine (noire à 120) mais manque de poids, de tension. A 10'12 (mes.370), trombones et tubas précèdent trop mollement la sonnerie de trompette, celle-ci répondant par un legato cantabile très empathique.
L'interprétation du deuxième mouvement me convainc mieux. Le maestro allemand se montre à l'aise avec ces ambiances mahlériennes entre chiens et loups, entre humour naïf et sarcasme. Il aborde le Moderato avec entrain, y compris dans le pimpant intermède central (4'42-6'44) qu'il traite à croche = 205 au lieu de 192. On notera encore une inhabituelle tendance au legato chez les trompettes et tuba (4'42).
Le climat se résout ensuite avec une certaine étrangeté, quand murmure la clarinette basse sur les irréels fredons des flûtes. Une atmosphère presque fantastique qui contraste avec le crépuscule élégiaque qu'on perçoit sous d'autres baguettes.
Tout aussi subtil dans le quatrième mouvement à 11'33 : la profondeur des basses, le calme cheminement des altos. Masur conduit ce Finale avec efficacité, sans traîner, respectant exactement la blanche à 132 de l'introduction (jusque 6'30).
Dans la péroraison, on regrette encore que la perspective sonore comprime l'éloquence des cuivres. A 16'54 (mes. 604), les trois trompettes sont à peine perceptibles.
Orchestre discipliné, chef concentré et inspiré. Mais « pour apprécier cette lecture quasi brucknérienne en sa perfection structurelle et sa continuité de choral symphonique, il faut s'abstraire du souvenir des styles volontiers narratifs, parfois violents, paroxystiques même, de nombre de chefs slaves » avertissait Pierre-Emile Barbier dans le magazine Diapason de novembre 2006.