J'ai envie de rendre hommage à Johannes Wildner et à sa philharmonie de Westphalie, après la parution d'un enregistrement de la neuvième symphonie de Bruckner en quatre mouvements par l'Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Simon Rattle. L'orchestre, provincial et encore au berceau au moment de l'enregistrement, n'a évidemment pas la capacité de raffinement de la phalange berlinoise. Mais il est d'une vaillance irréprochable et le côté un peu brut de son exécution ne joue pas uniquement contre ce disque : il va bien dans le sens d'une âpreté qui met en valeur les frictions sonores de la symphonie, et que le chef d'orchestre valorise. Celui-ci montre d'ailleurs une maîtrise de la grande forme symphonique et de la registration des pupitres qui échappent toujours un peu à Rattle. Par ailleurs, il saisit bien les enjeux : l'ajout du finale ne se ressent pas seulement dans ce dernier, mais dans les autres mouvements, en particulier l'Adagio, qui n'est plus l'aboutissement de l'ouvrage, mais une étape dans laquelle il n'est pas question de s'enfoncer ou de stagner, puisque la symphonie n'est pas appelée à se résoudre dans un mouvement lent, mais à travers une nouvelle série de conflagrations : encore une fois, il y a ici plus d'âpreté que dans la plupart des versions en trois mouvements. L'équipe Samale-Phillips-Cohrs-Mazzuca a retravaillé sa partition du Finale entre cet enregistrement et celui de Rattle mais il n'y a pas de différence majeure entre les deux, et la partie la plus faible, la coda, ne l'est guère moins dans la rédaction la plus récente. Ce disque garde donc beaucoup d'intérêt malgré son nouveau concurrent.