La "Nouveau Monde" enregistrée en 1929 avec l'orchestre d'Opéra d'Etat de Berlin révèle une texture assombrie qui germanise cette musique.
L'adagio introductif s'extirpe à grand peine de quelque lourd climat wagnérien, et débouche heureusement sur un "allegro molto" plus véloce, sans céder pour autant au folklore.
Strié par des cordes roides et cinglantes, le "molto vivace" demeure très lisible quoique copieusement alimenté (on notera le surlignage inhabituel de l'intervention des trombones) et évoque un scherzo brucknérien, ce que suggère aussi son trio affermi et rhétorique.
La lecture madrée du finale trouve une certaine rusticité (écoutez ces cors qui s'esclaffent vers 1'35) mais reste dans l'ensemble assez peu idiomatique à mon goût.
Rien ne saurait condamner cette approche d'un opus qui reste au confluent de multiples obédiences, si ce n'est que la lecture de Kleiber marque un peu trop univoquement la sienne...
La "danse slave" donnée en bis semblera d'une pompe un brin martiale, malgré quelques glissandi aux violons, coquetterie stylistique assez usitée à l'époque.
Le "scherzo capriccioso" gravé avec la Philarmonie de Berlin étonne par la netteté de son dessin, et la précision de ses dosages dynamiques, qui font songer à quelque page mendelssohnienne matinée de couleurs "mitteleuropa".
Sa finesse allusive illustre parfaitement l'humeur insaisissable de cette page atmosphérique.
Emmenée par une interprétation subtile et intériorisée, "La Moldau" suit imperturbablement son lit, ce qui la sauve de tout racolage et c'est tant mieux.
"Ouverture de carnaval" est réchauffée et assouplie par les instrumentistes anglais, qui paraîtront manquer d'éclat à côté de leurs confrères allemands.
Mais sans doute est-ce lié à la prise de son de 1948, plus nourrie en basses mais aussi moins fouillée dans le médium.
L'on ne souhaiterait qu'un peu de fantaisie, qui n'est décidément guère le genre du chef...