...en condition studio et l'on doit donc se satisfaire de cette version, initialement parue sur microsillon Columbia M2 31313, provenant d'un concert public destiné à la radiodiffusion, capté en octobre 1967 au Severance Hall de Cleveland.
Le chef hongrois joue serré, précis, tranchant. Cette chirurgicale rigueur d'exécution est aussi impeccablement réglée que quand il dirige Mozart ou Haydn. C'est à dire : sans rivale.
Et en plus, redisons-le, c'est un live !
Le poids tragique de la scansion initiale, les ardeurs belliqueuses (timbales à 1'50), le pathos lyrique (le moto d'Alma à 2'32), le souvenir bucolique des jours heureux : tout l'univers expressif de l'Allegro energico se retrouve engrené dans une implacable machinerie dont Szell visse à fond le moindre rouage.
La mécanique du "Wuchtig" ne dérogera pas quand c'est lui qui tourne la manivelle.
Sous cette férule, l'Andante prend l'allure et la signification d'un intermezzo quand on le fluidifie ainsi, sans aucune concession sentimentaliste, à un tempo qui ne traîne pas (treize minutes et demie).
Szell aborde le Finale avec une lucidité dépourvue de toute implication émotionnelle : l'architecture à nu, et néanmoins les nerfs à vif !
Ecoutez la diction des cuivres à 13'20-, les cordes entre 21'20-24'20 : à telle allure débridée, soupçonnerait-on qu'un orchestre puisse garder un tel contrôle de phrasé sans déraper, sans faillir, sans salir ne serait-ce qu'une note, une attaque ? Prodigieux, à couper le souffle...
Le maestro expurge le contenu dramatique qui d'ordinaire s'exprime plus ostensiblement sous la plupart des autres baguettes qui dirigent cette oeuvre.
Si vous souhaitez du sang, des larmes, des crises de spleen, de grands gestes théâtraux, vous ne trouverez rien de cela en écoutant ce disque.
Mais la logique structurelle de chaque mouvement, le génie d'orchestrateur de Mahler apparaissent ici transfigurés par un travail d'orfèvre.
Mieux qu'une radiographie ou qu'une démonstration de virtuosité : voilà une magistrale explication de texte !