Si la Première Symphonie de Christoph von Dohnanyi revêt un caractère "sauvage et fantastique", c'est davantage par la puissance de l'Orchestre de Cleveland, qui brille de ses mille feux, par l'intégration des détails à une vision emportée et solide, par la grandeur non dépourvue de sensibilité de la direction, que par la liberté, l'aspect dantesque, improvisé, exaltés par Wilhelm Furtwaengler. Mais c'est avec la Deuxième Symphonie que Dohnanyi surprend: il joue la grande reprise dans l'Allegro non troppo initial, ce qui est assez rare. Ce n'est pas une prolongation inutile (20 minutes lorsqu'on est habitué à 15): dans des tempi qui sonnent naturels, porté par la qualité exceptionnelle des instrumentistes de Cleveland, le chef allemand nous livre une approche mûrie, qui laisse sourdre une nostalgie quasi-schubertienne. La reprise souligne bien ces qualités. Dans le sillage, le fameux Allegretto grazioso (troisième mouvement), sans perdre de sa fraîcheur pastorale et de sa naïveté, apparaît sous un jour plus sombre. Le mouvement lent ne manque pas de dramatisme, ni d'humanité. Le finale est impressionnant de vigueur. Ces interprétations de Brahms peuvent servir de base et de complément à ceux qui désirent mieux saisir le génie des interprètes du style de Furtwaengler.