Dès les premiers accords rageurs de la Symphonie Wq.183 n°3, on sait que ce disque ne va pas laisser indifférent. On aimera ou on détestera l'énergie à la limite du forcené de l'ensemble berlinois. Personnellement, je n'ai jamais été très attiré par l'approche aseptisée des "baroqueux" de la première heure. Celle-ci m'apparait davantage dans la sève de ce qu'il faut obtenir dans Carl Philipp Emanuel. Emmené avec fougue par Stefan Mai, à l'époque où cette manière d'aborder la musique n'était pas un systématisme chez lui, l'orchestre produit des sonorités peu flatteuses mais magnifiquement contrôlées. Les cors aboient mais n'écrasent jamais les cordes, qui elles, sont littéralement déchaînées (quelles attaques et quelle maîtrise !!!!) Les hautbois apportent une couleur plus lyriques à cette approche très effervescente. Seules les flûtes apparaissent bien chétives face au magma en fusion produit par les autres musiciens. Mais l'ensemble est emmené avec une telle poigne qu'on ne fait plus guère attention à ce détail. La Symphonie Wq.183 n°2 est menée avec la même force expressive : violente et très contrastée, elle offre comme la précédente de belles plages de détente qui donnent d'autant plus de valeur à celles-ci comme aux autres. Enfin arrive le concerto pour orgue. Au lieu de se mettre en retrait face à la soliste (Christine Schornsheim, admirable de bout en bout, tant de fantaisie que de souplesse) l'orchestre offre un accompagnement énergique, très réactif et cinglant. Les échanges entre lui et la soliste n'en sont que plus exaltants. La plénitude du Largo central prouve bien que l'Akademie sait relâcher le potentiomètre. Quant aux deux symphonies pour cordes seules bouclant cet enthousiasmant programme, si elles frisent parfois la brutalité dans certains de ses accords, elles fascinent par leur très contagieuse énergie, leurs relances inattendues, leurs ruptures. Assurément, l'Akademie est en totale symbiose avec cette musique.