...les quatre Symphonies Wq 183 furent écrites dès 1775 et jouées à Hambourg le 16 août 1776 par une quarantaine d'exécutants, si on se fie au poète Friedrich Klopstock qui assistait au concert.
Pour Erato, Ton Koopman se limitait pourtant à un effectif quasi chambriste, réduisant le nombre de cordes à la portion congrue.
Dans cet enregistrement de décembre 1988, Gustav Leonhardt et son orchestre des lumières établissent un meilleur équilibre entre les pupitres. Outre une idoine patine instrumentale, respiration, articulation, finesse des phrasés sont exemplaires.
Stylistiquement, cette interprétation fait sentir l'Empfindsamkeit de ces pages sans excessivement accuser les hiatus prosodiques, étrangetés harmoniques et autres bizarreries du discours qui rendent si singulier le langage du compositeur.
Plutôt qu'elle ne laisse tempêter le Sturm und Drang, l'approche sobrement disciplinée de Leonhardt ne regarde-t-elle pas déjà vers le classicisme ?
Même constat pour la Symphonie Wq 182-5 qui complète le CD1.
Bach ne conçut initialement aucun concerto pour le violoncelle : les trois Concertos Wq 170-172 (entendus sur le CD 2) furent transcrits par lui-même d'après ceux pour clavecin Wq 26, 28 et 29 (il en réalisa aussi un arrangement pour flûte) en conservant les tonalités respectives.
Captée en novembre 1988, cette lecture trame délicatement les sentiments de ces pages rendues à leur troublante sensibilité de l'Affektenlehre. Le Largo con sordini du Wq 172 et l'Adagio du Wq 171 y trouvent une fine introspection, sous l'archet nuancé d'Anner Bylsma.
Dans les Allegros, le rythme s'élance, s'effile avec une méticuleuse ductilité. Oserait-on regretter qu'une amplitude dynamique trop tamisée (faute à une prise de son trop maigre) laisse désirer davantage de contraste dramatique ?
En tout cas, pour la palette de couleurs, la précision du tissage mélodique : une incontestable réussite qui peut toiser de haut la concurrence discographique.