Cette version de Roy Goodman et du Hanover Band est intéressante car une intégrale Schubert sur instruments anciens est un met de choix certes mais rarissime; d'autant que Harnoncourt que l'on attendait ici a plutôt déçu.
Gardiner lui aussi attendu sur le terrain a enregistré de très belles symphonies 8 et 9 avec les qualités qu'on lui connait mais n'a pas à ma connaissance réalisé d'intégrale.
Ici Goodman dépoussière Schubert pour notre plus grand plaisir et nous livre des interprétations avec le "Hanover Band" parfait dans ce répertoire. Les timbres sont magnifiques, les contrastes sont davantage marqués, le tout est très dynamique et chaque symphonie possède sont caractère propre.
L'effectif réduit est très appréciable ici car il facilite l'intelligibilité de l'orchestration et de tous les détails.
on y entend bien sûr une chaleur et des couleurs qui manquent souvent aux grands orchestres, trop fermes, et qui sonnent facilement opaques ou lisses dans cette symphonie, accentuant le tropisme mélodique univoque.
Mais surtout, les cordes en nombre réduit et sans vibrato de Goodman lui servent à travailler dans le sens étonnant d'une certaine absence de fermeté mélodique... comme si la logique de la ritournelle (pour ne pas dire de la rengaine) s'effondrait soudain.
A prix économique, les symphonies de Schubert sont ici données dans une version qui respire la jeunesse et la fraîcheur, avec des tempi idéaux dans les minuetti par exemple qui ont mal vieilli dans les versions traditionnelles.
L'aspect plus éclaté des timbres, les lignes moins longues (alors que le tempo reste tout à fait modéré), comme segmentées, réussissent quelque chose de très singulier, et font entendre, réellement, la symphonie autrement.
Ainsi se révèle une formidable façon de lire ces belles mélodies de façon moins complaisante, en mettant l'accent sur les accents rythmiques, la forme 'motorique' sans excès plutôt que sur la continuité des lignes.
Quand au ton, il me paraît, plus subjectivement, assez parfait : brillant et mélancolie cohabitent de façon très étonnante simultanément.
Ce coffret "Brillant" ne contient peut-être pas les meilleures Troisième et Cinquième de la discographie (très bonnes au demeurant), mais elle traite avec un soin tout à fait équivalent les deux premières symphonies, qui se révèlent les égales des suivantes. En particulier en en exaltant la dimension dansante, perdue dans la plupart des lectures "traditionnelles", et pas forcément restituée par la sècheresse des lectures "musicologiques".
Le prix comme toujours chez Brillant est également attractif ce qui n'est pas négligeable pour s'offrir ce genbre d'expérience mélomane.
Pour ces raisons, et la même constance de qualité, avec une prise de son de surcroît très lisible et agréablement réverbérée, cette version, sans être forcément une référence absolue, mérite toute votre attention.
A signaler à mi chemin entre cette version baroquisante et les orchestre philarmoniques allemands du 20 ème siècle, la très bonne version Abbaddo qui a tiré aussi les leçons de la musique baroque en essayant de retrouver cet esprit perdu par les générations Karajan et Bohm que je respecte tout à fait et qui ont su dans un autre style rendre la musique de Schubert magnifique.