...se recommande toujours pour sa finesse, son agilité, son refus du pathos : un traitement qui convient bien aux trois premières.
Enregistrées avec acuité et relief par les micros, toutes ces lectures glabres et sveltes, dépassionnées, n'ont pas pris une ride.
Dans cet opus 13 capté en février 1966, les relents nostalgiques s'en trouvent évincés. A tel point qu'on aurait aimé entendre un hautboïste plus expressif dans l'Adagio cantabile, conclu par une plainte de cor qui n'arrache aucune larme.
Le chef russe accentue la nervosité du Scherzando plutôt que son lyrisme évanescent, puis diligente brillamment le Finale sans être capable de maintenir l'intérêt à la réapparition de l'Andante lugubre (8'10-) qui occasionne une préjudiciable baisse de tension.
Cette interprétation traduit fidèlement les forces et faiblesses d'une partition que le jeune Tchaïkovski peina à structurer.
Dans l'Allegro de la "Petite russienne" captée en mars 1965, Markevitch coalise tension et intensité sans précipiter l'allure. Cela éclairci par une transparence de textures qui fut toujours une marque de son style quel que soit le répertoire. Pour autant, l'orchestre londonien ne s'aseptise pas : notons la savoureuse intervention du trombone à 7'08.
Légèreté un brin nonchalante pour la marche de l'Andantino. Scherzo scandé fermement mais sans lourdeur.
Le Finale commence par un choral en tutti que le chef baigne de lumière, avant d'aiguiser un brio qui toutefois n'atteint pas la mélodramatique liesse qu'Antal Dorati attisait avec le même orchestre (Mercury).
Markevitch était aussi un éminent rythmicien. Dans la Symphonie n°3, la transition crescendo de l'Introduzione vers l'Allegro se fédère avec une rare évidence. Remarquable gestion des plages de détente et des moments d'exaltation où les contrebasses assurent une assise à la fois mouvante et solide.
A défaut de grâce, la Valse se voit méticuleusement ciselée. Tout comme l'Andante elegiaco : mais trop de sobriété en dissipe le charme discret.
L'ondoyant Scherzo est suggéré avec une diaphane fluidité mendelssohnienne, mais son caractère fantasmagorique échappe au chef.
Le Finale est guidé avec une énergie, une ductilité vraiment rayonnantes !
Markevitch enregistra au moins trois fois "Francesca da Rimini". La présente version avec le New Philharmonia (octobre 1974) bénéficie d'une extraordinaire précision de mise en place -ce qui n'est pas un mince exploit face aux redoutables difficultés techniques que pose cette oeuvre lisztienne. Zèle un peu trop clinique ou admirable pureté de phrasé ? : chacun jugera.
Avouons toutefois que la flamboyante lecture avec l'orchestre Lamoureux (Deutsche Grammophon, 1959) déchaînait des tourbillons infernaux encore plus spectaculaires.