Roy Harris, Symphonie n°3 (1938-39) - William Schuman, Symphonie n°3 (1941), New York Philharmonic, Leonard Bernstein, Live, New York 1985, 1 CD DG 1987.
La troisième symphonie de Roy Harris (1898-1979), composée à partir d'éléments antérieurs empruntés à un quatuor à cordes (1927), à sa deuxième symphonie (1936) et à un concerto pour violon inachevé, constitue pourtant une oeuvre d'une étonnante cohérence, et d'un souffle irrésistible. En un seul mouvement dont les sections, intitulées Tragique, Lyrique, Pastorale et Dramatique, s'enchevêtrent en une mélopée d'un lyrisme tendu s'élevant jusqu'à une tragique grandeur, c'est une oeuvre qui réalise parfaitement le sujet traité par Leonard Bernstein dans son mémoire de licence, rédigé en 1939 : "L'intégration des composantes raciales dans la musique américaine", car elle mêle aux héritages européens, le folksong anglo-américain, et des rythmes moins empruntés au jazz qu'inspirés par lui. Et elle mérite amplement l'appellation donnée par son dédicataire et créateur à la tête de l'Orchestre de Boston, Serge Koussevitsky, de "première grande symphonie d'un compositeur américain".
Des quatre enregistrements connus : le premier par Koussevitzky (1939) reparu chez Pearl (1991), la précédente de Bernstein (1962) chez Sony Classical (1998), et la plus récente par Marin Alsop (2005) dans la passionnante collection "American Classics" chez Naxos, cette version-ci reste la plus enthousiasmante : à une excellente prise de son (DG !) qui rend justice aux belles couleurs de l'orchestre, s'ajoute l'ampleur de la vision que Bernstein possède de l'oeuvre, depuis la douloureuse complainte initiale, comme rampante, jusqu'à la fugue terminant l'oeuvre en une apothéose, le temps comme suspendu... dans une grandiose tristesse !
William Schuman (1910-1992) était déjà un prolifique compositeur de chansons lorsqu'à 29 ans il eut la révélation de la musique classique grâce à cette même symphonie n°3 de Harris, entendue en concert. Il devint son élève, et fut, en 1943, le premier compositeur à obtenir le Prix Pulitzer pour la musique.
Sa Troisième symphonie, dédiée comme celle de Harris, à son créateur, l'infatigable propagandiste de la musique américaine, Serge Koussevitzky, se présente en quatre mouvements couplés en deux parties, la première intitulée Passacaille et Fugue, la deuxième, Chorale et Toccata. Si la volonté du compositeur est de se référer à la structure de la musique baroque, cela ne fait pas de sa symphonie une oeuvre passéiste, loin de là. Elle aussi moderne et américaine que celle de Harris, montrant une étonnante aptitude à l'architecture sonore et aux développements thématiques, cela associé à un fort tempérament; musique ample, extravertie, au lyrisme un peu déclamatoire, avec quelque chose d'athlétique, de souriant et de sûr de soi...
Deux oeuvres proches et différentes, proches par la franchise, la vigueur, la volonté d'accessibilité qui caractérise la musique américaine, et une grande sûreté d'écriture, mais différentes, Harris, plus introspectif et mélancolique, Schumann plus péremptoire et extraverti : Leonard Bernstein les honore à leur juste valeur, et DG devrait les rééditer d'urgence.