Ce disque est certainement un des meilleurs consacrés à l'art de Klemperer en studio avec le Philharmonia dans Bruckner. La grandeur ne tourne pas trop à la raideur malgré le caractère évidemment inflexible de la direction. Le nom de Klemperer, surtout dans sa période londonienne, évoque fatalement des tempi gigantesques, et surtout d'une régularité métronomique. Pourtant, Otto était capable d'une vitesse aussi exceptionnelle que ses lenteurs, et c'est le cas dans cette 4° expédiée en à peine soixante minutes. Un cas à rapprocher de Knappertsbusch, avec ses Wagner interminables et sa 5° de Bruckner, presque agitée, chez Decca, mais alors que Kna n'a jamais montré dans Bruckner autre chose qu'une incompréhension radicale, les excentricités de Klemperer sont moins systématiquement hors sujet. Cette Romantique peut rappeler la fameuse Eroica de 1959. L'édifice est comme construit, avec une stabilité impressionnante, sur une seule pulsation, d'où une impression paradoxale de mouvement statique ou d'immobilité dynamique. Comme toujours, la beauté plastique est subordonnée à la clarté rythmique et même polyphonique. Reste que la façon bien particulière qu'avait Klemperer de laisser cohabiter des phrasés sans les unifier peut paraître à certaines déplacée dans Bruckner. L'Orchestre Philharmonia n'est certes pas le plus naturel dans Bruckner, en termes de sonorités comme de style. Il a tendance à forcer pour se "brucknériser", avec parfois comme résultat de perdre ses qualités propres sans pour autant acquérir celles qu'il faudrait pour cette musique. Dans l'ensemble, cependant, sa poésie sonore est sans doute plus en situation que dans d'autres symphonies de Bruckner.