Cet ouvrage n'est pas une histoire du régime de Vichy; pour cela, il existe d'autres livres dont celui de Robert Aron, qui fut un remarquable pionnier, ou celui du même Henry Rousso, ou surtout celui de l'américain Robert Paxton, une référence. Il s'agit ici de l'histoire de la façon dont la mémoire de la période de l'occupation fut successivement perçue par l'opinion française (et pas uniquement par les historiens ou les savants, mais aussi par le commun des citoyens) entre 1945 et le début des années 1990, et c'est en soi un très intéressant sujet d'étude qui n'appelle aucune réponse simpliste. Ce qui est clair, et Henry Rousso le démontre statistiques à l'appui, c'est que les français ont voulu gommer, occulter, cette période de leur mémoire en gros entre 1950 et 1975 tandis qu'au contraire à partir de la décennie 70 cette amnésie disparait et l'on déterre avec une certaine frénésie parfois excessive, en tout cas pas toujours rationnelle, nombre d'affaires alors déjà anciennes qui passionnent et divisent une population qui en grande partie n'a pas vécu l'occupation. Les explications sont souvent d'ordre psychanalytique: honte de la défaite de 40, mauvaise conscience et sentiment de culpabilité, rancoeurs contre la génération précédente, poursuite de la guerre civile franco-française (de 1934 à 1962...), gêne et incompréhension de certains vis à vis d'un général de Gaulle contradictoirement perçu comme à la fois le libérateur de 45 et le liquidateur de 62, etc. Bref, sur ce sujet difficile qui divise encore, un travail très sérieux et très intéressant, un travail d'historien objectif (même si l'auteur est connu pour son engagement à gauche).