En dépit de ses longues et fascinantes dérives instrumentales, l'album
A Thousand Leaves constitue la facette la plus structurée et la plus pop/propre de Sonic Youth à la fin des années 90. En parallèle le groupe new-yorkais s'est aussi lancé, depuis la construction de son propre studio, dans l'enregistrement de disques plus confidentiels sortis sur leur propre label SYR (Sonic Youth Recordings) et intitulés 'Perspectives Musicales'.
Ce deuxième volet, aux titres néerlandais et à la pochette bleue, est comme son prédécesseur essentiellement instrumental et tout aussi radical.
'Slaapkammers Met Slagroom', reprend (ou annonce) au cours de ses premières minutes le riff obstiné de 'Ineffable Me' avant que les guitares ne se libèrent de toute influence rock pour générer un dense tourbillon sonore absolument jouissif, en évolution permanente, qui ne doit plus grand-chose à la pop et s'approche plutôt de sphères abstraites à la beauté unique. 17 minutes de béatitude noisy.
'Stil' est également sublime : au-dessus d'un perfide maelström de guitares bouillonnantes, perfide par sa fausse tranquillité qui menace à tout moment de se déchainer en une explosion bruitiste, tente de surnager la délicate mélodie de 'Snare,Girl', caressée par les cymbales et percussions diverses d'un Steve Shelley très inspiré. Sur la tournée A Thousand Leaves, ce morceau sera, au même titre qu'Anagrama extrait de
SYR1, régulièrement joué par le groupe, à la place de son incarnation plus calme présente sur l'album.
Débarrassé de toute contrainte commerciale, Sonic Youth poursuit son périple avant-gardiste, débroussaillant son chemin à coup de guitares à moitié folles, qui, babines retroussées et bave aux lèvres, pourraient en effrayer plus d'un. Les plus téméraires, qui oseront les côtoyer sans se sentir menacés, pourraient bien, comme moi, finir par atteindre l'extase sonique.