Syriana est un thriller géopolitique qui nous expédie dans les champs de pétrole du moyen-orient, ce nouvel épicentre des relations internationales qui ont abandonné les bonnes vieilles relations binaires de la guerre froide au profit de relations complexes, multiples et nébuleuses.
Le prince Nasir est un moderniste qui veut développer son pays et le sortir de son état d'émirat oligarchique. Il décide de confier l'exploitation de gisements de son pays à une entreprise chinoise au détriment du géant américain en place Connex. Par réaction, celui-ci fusionne avec un concurrent, ce qui éveille les soupçons de l'agence anti-trust. Le décor est planté et ce sont quatre destinées qui vont tracer leurs routes: un agent de la CIA exécuteur de basses œuvres qui va finir par se révolter contre le cynisme assassin de son employeur; un trader basé en Suisse qui va devenir le conseiller économique du prince Nasir; un avocat chargé d'étouffer les soupçons de corruption pesant sur le géant pétrolier; enfin, un jeune ouvrier pakistanais exploité par Connex puis viré par son successeur.
De prime abord indépendantes, les 3 premières histoires vont finir par converger, comme tout bon film chorale qui se respecte, vers l'objectif final: l'assassinat du Prince Nasir tandis que le jeune ouvrier pakistanais va lentement mais sûrement dériver vers le terrorisme au prix d'une vision assez schématique et simpliste de ce type de processus.
C'est sombre, brutal, cynique; tout n'est que machination, corruption et complot. Les Etats-Unis y sont décrits accrocs au pétrole. Pour alléger la charge politique très forte, les 3 protagonistes occidentaux sont montrés dans des scènes intimistes, avec leurs faiblesses, leurs fêlures, ce qui est d'une assez grande maladresse scénaristique. L'utilisation des langues naturelles de tous les personnages accentue le côté docu-fiction de l'ensemble. Ca n'apprendra rien à ceux qui savent déjà quelle énergie est prête à déployer un Etat pour sauvegarder ses intérêts économiques stratégiques, mais c'est un polar efficace qui sans rien apporter de vraiment nouveau au cinéma saisit bien les enjeux internationaux contemporains.