Le foisonnant lyrisme effusif du Premier (1917) se rattache à la période « impressionniste / symboliste » du compositeur. Le Second (1933) marque une tendance rhapsodique puisant au folklore populaire.
On regrette qu'ils aient mis longtemps à acquérir une notoriété digne de leur valeur, défendue au disque par le témoignage historique de
Wanda Wilkomirska / Witold Rowicki (originellement pour le label Polskie Nagrania), puis par une autre équipe polonaise :
Konstanty Kulka / Jerzy Maksymiuk. On citera aussi les contributions respectives par des grands noms tels que David Oïstrakh ou Henryk Szeryng.
Plus récemment, une série d'enregistrements (Chantal Juillet / Charles Dutoit,
Frank Peter Zimmermann / Antoni Wit...) a contribué à élargir l'audience internationale dans des conditions techniques optimales.
Captées en avril 1995, « les versions profondément senties de Thomas Zeheitmair avec Rattle et le CBSO illustrent l'univers sonore szymanowskien avec une réelle habileté, capturant la sensuelle luminosité du mouvement central ; et Rattle déchaîne la sauvagerie du Finale avec force vigueur » estime le Penguin Guide.
Affinant la pureté des lignes mélodiques voluptueusement étirées, le soliste autrichien traque avec un prodigieux raffinement les ressources poétiques de l'opus 35... « sans se perdre dans la jungle tropicale d'une sonorité exquise » comme souhaitait Alec Robertson dans son analyse de l'oeuvre parue en
cet ouvrage.
L'inspiration de Zeheitmair égale sa virtuosité effilée, notamment dans les doubles-cordes de la cadenza de l'opus 61, fomentée par son dédicataire Paul Kochanski.
Le chef anglais préserve la luxuriante richesse de ces pages sans les inféoder à un romantisme qu'avait déjà abdiqué l'auteur à cette époque : une complète réussite.
Offerte à Artur Rubinstein qui lui assura un certain prestige, la Symphonie n°4 a confirmé sa place dans le répertoire, voire comme morceau de bravoure -j'ai pu l'entendre vaillamment servie comme tel par le jeune Jan Broja le 13 août dernier au Konzerthaus de Berlin (accompagné par le Polska Orkiestra Sinfonia Iuventus).
Réalisé en octobre 1996, le présent enregistrement se fait l'avocat de l'inventive orchestration de cet opus 60, autant que de sa puissance persuasive. Les musiciens de Birmingham en exploitent la coruscante palette et les rythmes saillants sans tomber dans la caricature de Prokofiev. Idem pour Leif Ove Andsnes : son clavier affirme la vigueur réclamée par l'élan motorique mais surtout n'oublie pas de timbrer un pianisme soupesé dont il nous a déjà révélé la justesse dans Grieg.
L'ambiance torride et délétère de l'Andante est parfaitement restituée.
Bilan : voilà un CD qui se recommande d'évidence pour qui cherche le couplage de ces trois Concertos en un seul album.