Le Sarkozy par Sarkozy, celui du 2 + 2 = 4, du bon-sens et de l'audace, du franc-parler et de l'indignation intransigeante devant l'inacceptable. Ce Sarkozy qui avait le courage de s'aimer et de croire en lui-même séduisit une droite châtrée et une bourgeoisie qui n'en pouvait plus de sa droite molle; mais ce politicien d'un genre nouveau a un air connu...
Edouard Drumont se gaussa au siècle dernier des «saltimbanques» dont «la politique à la fois romanesque et bassement cupide est un étalage de principes pompeux de liberté, d'égalité, de fraternité, un programme de progrès qui n'est jamais tenu et qui laisse bien vite voir l'affaire pécuniaire, un boniment d'émancipation et d'amélioration qui se traduit toujours par la persécution la plus intolérable et l'extorsion de sommes d'argent». Ainsi Sarkozy proposa «que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement» ("Abécédaire des Propositions de Nicolas Sarkozy"). En ajoutant que «ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants» - les premières visites des huissiers quand vient la crise - il disait sans complexe à qui il voulait renvoyait l'ascenseur. Il versa à ce sujet dans la contradiction grotesque, en donnant en exemple lors d'un discours ces Américains et ces Anglais qui devinrent propriétaires fonciers après avoir hypothéqué - devinez quoi - leur maison; il suffisait d'y penser!
Mais alors que «banquiers et banquistes marchent ensemble»* la majorité présidentielle se tortille sur les fauteuils de l'UMP (conseil national de juillet 2008) devant le spectacle de l'auto-satisfaction arrogante: «désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit»**. Pourtant, quand ils montrent du doigt l'imposture, journalistes, politiciens, syndicalistes restent muets d'une certaine manière, puisqu'ils ne mettent pas les mots qui blessent dans leur indignation. On ne peut leur en vouloir car la vie politique se déroule depuis la 2ème guerre mondiale sur un fond de culpabilisation, d'escamotage et de déformation de l'Histoire, qui, des profiteurs et des comploteurs, font des victimes en titre, et, des chercheurs de vérité historique, des salauds. Sarkozy a compris le poids de ce conditionnement auquel il voulut contribuer, bien que la législation française lui assurât le silence des pamphlétaires les plus impudents. Les pédo-psychologues lui rappelèrent à cette occasion qu'un enfant restait un enfant... Le psychologue "tout-court", le sociologue, le philosophe, tels Jean-Claude Michéa et Alain Soral, nous rappellent que la "décence commune" ' comme l'appelait le socialiste populiste George Orwell ' sous-tend la vie sociale de l'Homme de la rue, dont la colère n'a d'égal que l'iniquité du mensonge qui a travesti l'entreprise interessée en don de soi et service public, et le cosmopolite en ami universel.
* le "banquiste" va de ville en ville pour vivre aux dépens d'un public qu'il gruge
** «La grève est un cancer», Serge Dassault (10/7/2008) - en voilà un qui ne ratera pas l'ascenseur'