Ce témoignage de l'un des sept enfants de Philippe de Villiers est intéressant à différents titres. Bien sûr, ce jeune homme de 25 ans évoque à plusieurs reprise les viols dont il affirme avoir été victime, enfant, de la part de l'un de ses frères aînés. Ce livre est exemplaire, dans le sens où il démontre de façon implacable à quel point il est difficile de dévoiler un inceste: surtout lorsque les parents -et c'est le cas ici- ne veulent pas s'avouer la réalité et la gravité des faits. C'est une réalité en France, puisqu'à peine 10% des victimes osent porter plainte. Mais par delà ces accusations de viols lesquelles sont toujours évoquées avec pudeur, sans étalage, Laurent de Villiers raconte surtout le quotidien de sa famille. Une famille d'aristocrates rigides, bourrée de préjugés, et incapables d'affection. C'est surtout cet aspect du livre qui m'a intéressée: Comment au XXIème siècle, en dépit d'une éducation très poussée (Philippe de Villiers a fait des études brillantes et sa femme est visiblement loin d'être sotte) on peut être à ce point borné, sans psychologie aucune, confit dans un catholicisme béat intégriste. Seul compte l'honneur de la famille, les individus n'existent pas. Laurent doit "pardonner" à son frère, un point c'est tout, lui disent son père et sa mère lorsque l'affaire de viol est évoquée à mots couverts! Parce que, voyez-vous, il ne faut pas "salir le nom"!
Le jeune Laurent, visiblement plus sensible que le reste de sa famille, raconte avec brio mais sans rancune, à quel point le décalage de sa famille avec le reste du monde, commence à le désarçonner au fur et à mesure que les années passent. Il raconte ce père brillant et drôle mais à la fois absent et très autoritaire, cette mère dépassée par les événements et confite en dévotion, ses frères brutaux et ses sœurs soumises et surtout l'absente totale de communication dans la famille. Le rôle primordial des religieux (curés, religieuses) et de la religion dans cette famille évoque celle de gourous médiévaux. C'est à la fois effrayant et très instructif. On se prend de l'envie de féliciter Laurent d'avoir su couper les ponts avec cette famille nocive et de s'être réfugié à l'étranger. Philippe de Villiers n'en sort pas grandi. Bien sûr, il manque un contrepoint à l'histoire puisque la justice, dans l'affaire de viol, a prononcé un non lieu, faute de preuves suffisantes. Mais ce témoignage est tellement criant de vérité qu'il est difficile de ne pas y croire. Seul bémol, le style, simple mais qui se laisse lire, n'a rien d'extraordinaire.