"Sorry we're late. We were tuning." C'est comme ça que commence "Take No Prisoners." Un long silence, l'ambiance d'une salle plus chaude que jamais et, tout d'un coup, le riff de "Sweet Jane" résonnant dans tout le Bottom Line, version jazzy et extraordinaire, sur laquelle Lou reed commence à déconner, à insulter les critiques, à parler de ses chansons, tout en communiquant avec le public. C'est ça pendant tout l'album. Le meilleur groupe "band" que Lou n'ai jamais eu. Marty Fogel fait un solo de sax splendide sur "I Wanna Be Black", les choeurs font frissonner et la façon de "rapper" de la part de Lou Reed converge avec les premiers mouvements hip-hop de New York. "Take No Prisoners", c'est non seulement le meilleur album de rock en public de tous les temps, mais aussi un hommage à la Great Black Music, un disque où l'ambiance de New York parvient à l'auditeur d'un seul coup. Lou reed y est au sommet de sa forme et raconte des blagues à se plier en deux: enfin, comme il le dit llui-même, c'est l'album qui lui correspont le mieux, où l'on peut découvrir son intelligence raffinée, son talent impreturbable, son humour grinçant et son énregie (écoutez "Coney Island Baby", vous m'en direz des nouvelles). La puissance et la richesse instrumentales sont explosives ("Leave Me Alone, "Satellite of Love", "Berlin") et, à toutes les écoutes, "Take No Prisoners" rend heureux, fait rire ou frissoner, donne envie de bouger et impressione: tout ce que la musique peut faire de meilleur. Je finirais par faire l'éloge de "Street Hassle", morceau complexe qui se voit ici transformé de manière encore plus glauque, où Reed crache des "fucking" à chaque début de phrases et où son solo de guitare distordue et sale sur une ligne de basse excellente est absolument fantastique. Je n'ai rien entendu de si dérangeant. Enfin, les choeurs finaux, ponctués de "Slip away!" méchants et cyniques de Lou mettent fin à l'une des plus belles choses que nous ait offerte Lou Reed. Tout ça pour dire avec enjoument: c'est vraiment son meilleur album.