Laurent Garnier est la star de la techno française, indétrônable depuis des années. Si ses albums se font rares, ils sont toujours attendus avec ferveur et émotion par des admirateurs fidèles du monde entier. S’appeler Laurent Garnier induit de ne pas décevoir. Car il est toujours temps, après une aussi longue carrière dans un genre de musique aussi fluctuant, d’arrêter de composer et de se contenter de droits d’auteur généreux. Garnier ne mange pas de ce pain-là. Il continue à sortir des albums, rarement mais à bon escient.
En témoigne
Tales of a Kleptomaniac. En effet, le premier titre
« Non Music », porté par des gimmicks hip-hop et des basses massives ressemble à son auteur : généreux sans être excessif, efficace et jovial. L’album entier peut alors s’écouler avec fluidité et cohérence. D’une part, Garnier touche toujours à tout, restant fidèle à lui-même. L’album s’acoquine avec le hip-hop, avec des morceaux comme
« Freeverse I » et
« Freeverse II », dont les beats d’inspirations tribales servent le rap à la marseillaise ou à l’africaine. Le single
« Gnanmankoudji », qui signifie « jus de gingembre fabriqué en Côte d’Ivoire » en langue dioula, est empreint de ces influences africaines chères à Garnier, que l’on retrouve également dans
« Back to My Roots » ou le contemplatif
« From Deep Within’ ». Mais la froideur du synthétiseur et le rythme quasi cardiaque de
« Gnanmankoudji » s’avèrent hypnotiques.
D’autre part, Garnier continue à faire ce qu’il sait si bien faire : de la techno urbaine, calibrée pour la piste de danse, comme
« Desireless », qui bénéficie d’une belle montée en puissance,
« Last dance @ Yellow », qui, comme son nom l’indique, habille la fin de la nuit ou encore
« Bourre-pif » à la drum’n’bass vivifiante. Garnier surprend, aussi. «
Pay TV » semble être un morceau érotique des plus dispensables jusqu’à ce qu’une batterie rock tout droit venue des ombres de Woodstock vienne le perturber, le rendant beaucoup plus intéressant. Il n’y a décidément rien à redire :
Tales of a Kleptomaniac est ce qu’on appelle un
come-back réussi.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story