Plus que jamais tourné vers de nouveaux sons électroniques, encouragé par les audaces de Cecil et Margouleff (les têtes du TONTO’s Expanding Head Band), Stevie Wonder réussit sa mue en auteur-compositeur (et producteur) adulte. Il en résulte son plus grand succès depuis le
« Fingertips » de ses débuts, l’album et son titre phare
« Superstition » se classant à la première place du Billboard américain.
Comme à l’accoutumée, les thèmes amoureux constituent la principale source d’inspiration (et préoccupation) de Wonder, titillé par sa maturité. Il explore la palette des sentiments de la naissance d’une liaison, de par le sublime
« You Are The Sunshine Of My Life » et son fameux motif de piano électrique, à la désagrégation et l’espoir de
« Lookin’ For Another Pure Love » bénéficiant des guitares de Jeff Beck et Buzzy Feton. Les chœurs, témoins de ces relations éternelles, sont fortement présents tout au long de l’album. Il faut cependant noter les premières incursions de Wonder sur les questions sociale et politique (
« Big Brother »), inspiré par le manifeste de Marvin Gaye,
What’s Going On.
Sur le plan musical, si les ballades prédominent, toujours superbes (
« Blame It On The Sun »,
« I Believe (When I Fall In Love It Will Be Forever) », elles sont contrebalancée par un funk rock personnel et une grande diversité de traitement. Le solo de Ray Parker Jr sur le lancinant
« Maybe Baby », le saxophone de Dave Sanborn sur
« Tuesday Heartbreak », les
licks de guitare et l’utilisation constante de l’ARP et du Moog participent à ce festival sonore dont
« Superstition » n’est pas le moindre élément. Construit autour d’un riff de clavinet, ce titre était destiné à Jeff Beck. C’était sans compter sur l’insistance de Motown qui, flairant le méga-hit, sortit la version de Wonder prématurément et empocha la mise. Stevie Ray Vaughan en donnera une version explosive en 1986.
Avec un tel tour de force, Wonder entre dans la cour des grands et occupe une place de choix qu’il ne quittera plus, devenant synonyme de best-seller.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story