Bien qu’il refuse qu’on le réduise à quelques artifices de look, Soan a introduit dans l’édition 2009 de la
Nouvelle Star – dont il fut un lauréat sans grande opposition, après l’élimination de Camélia-Jordana – une dimension gothique et déchirée, qui a passablement interloqué dans les campagnes hexagonales. Le jeune homme, après quelques gammes dans le métro, n’est pas de toutes façons à une provocation près, estimant publiquement que la télévision a ceci de bien « qu’elle permet de s’adresser à une masse de blaireaux ». Preuve qu’on n’est pas sérieux quand on vingt ans. Voire trente.
Ce premier album a donc été initié il y a plus de deux années, et, en conséquence, en amont de la prestation cathodique de notre héros, et c’est autant pour la spontanéité de l’aventure musicale. On connaissait les liens amicaux qui unissaient Soan aux Têtes Raides : on a confirmation de cette quasi-filiation, avec ici la présence à la production de Christian Olivier (chanteur et leader du groupe). Et c’est par ailleurs un véritable florilège d’influences du rock indépendant français (voire des icônes tels Kurt Cobain, dans le chant marmonné de
« Monster ») qui déroule ses fastes dans ce premier effort à l’intitulé provocateur : Louise Attaque, ou Noir Désir (troublant jusqu’au mimétisme dans
« En chemin ») ne sont en effet jamais bien loin des couleurs choisies par le débutant.
Après une ouverture sous influence Têtes Raides (
« Next Time » et la violence de son « sil la vie est une pute/Alors pourquoi je me sens si seul » la guitare et tempo pesant, circa Kat Onoma), mais s’épanouit surtout dans l’affection que le chanteur a toujours proclamé pour Jacques Brel, affection que l’on retrouve magnifiée dans
« Putain de ballerine » (ou tentative d’un
« Ne me quitte pas » à l’usage des jeunes générations).
Soan descend donc ici brillamment l’escalier de ses premières sessions, à forte dominante acoustique, s’essayant à plusieurs reprises à l’anglais (
« The Storm »), fils de ce qui l’a formé, et artiste au devenir, de manière évidente, profondément original. Sur un air de bastringue (
« Pas pour lui ») ou de baston (
« Puisque rien »), on chante la femme qui manque (
« Emily ») ou les femmes qu’on manque (
« Parisiennes »), comme un Petit Poucet, attentif à placer ses refrains comme autant de repères en petits cailloux.
Les méchantes langues constateront que
Tant Pis constitue la façon la plus élégante d’espérer, pour dans quelques mois, le retour du groupe de Bertrand Cantat. Tous les autres conviendront, qu’après avoir déjoué le chausse-trappe télévisuel, Soan s’impose comme le caractère fort de la (très) jeune chanson française.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story